Grammaire / C1 : Avancé / Les périphrases verbales

C1Avancé

Les périphrases verbales

être en train de, être sur le point de, venir de, finir par...

1. À quoi sert une périphrase verbale ?

Une périphrase verbale est une construction dans laquelle un verbe conjugué, parfois suivi d'une préposition (de, à, par), s'associe à un infinitif pour exprimer une valeur qu'un temps simple ne permet pas toujours de rendre. Là où un temps répond principalement à la question « quand ? », une périphrase précise « à quel moment du déroulement de l'action ? » : elle exprime l'aspect, la manière dont l'action est envisagée de l'intérieur (en cours, tout juste achevée, sur le point de commencer), ou la phase, c'est-à-dire l'étape de l'action mise en valeur.

Au niveau C1, il ne suffit plus de connaître le sens général de chaque périphrase. Il faut également comprendre sa valeur aspectuelle, son interaction avec les temps (une périphrase pouvant être conjuguée à différents temps), ainsi que les nuances qui distinguent des constructions apparemment proches.

2. La carte temporelle et aspectuelle

Les périphrases peuvent être classées selon la position qu'elles attribuent à l'action par rapport à un point de référence. Cinq grandes zones permettent d'organiser l'ensemble :

ZoneValeurPériphrases principales
ImminenceAction sur le point de se produireêtre sur le point de, aller + infinitif, être à deux doigts de
Inchoatif (début)Commencement de l'actionse mettre à, commencer à / par, se prendre à
Progressif (déroulement)Action en coursêtre en train de, aller + gérondif
Continuatif / itératifContinuation, persistance ou reprise de l'actioncontinuer à/de, ne pas cesser de, ne pas arrêter de, se remettre à
Terminatif (fin)Achèvement, passé récent ou aboutissementvenir de, finir de, finir par, cesser de, arrêter de

3. L'imminence : au seuil de l'action

être sur le point de + infinitif

C'est l'un des marqueurs les plus précis de l'imminence. Il indique que l'action est sur le point de se produire, dans quelques secondes ou quelques instants. La construction peut être conjuguée à différents temps.

Il est sur le point de partir.
Elle était sur le point de répondre quand le téléphone sonna.
Le projet est sur le point d'aboutir.
Il avait été sur le point de tout abandonner.

aller + infinitif : futur proche / imminence

Aller + infinitif exprime un futur envisagé à partir du présent : l'action est prévue ou perçue comme certaine. À l'imparfait (allait), cette construction exprime un futur dans le passé, c'est-à-dire ce qui devait se produire à ce moment du récit.

Il va partir.
Elle allait répondre quand il l'interrompit.
On allait enfin comprendre pourquoi.

être à deux doigts de + infinitif

Cette expression est familière mais très expressive. Elle signifie qu'une action ou un événement est extrêmement proche de se produire, souvent avec une nuance dramatique ou négative.

Il était à deux doigts de perdre tout ce qu'il avait construit.
On est à deux doigts de la catastrophe.
être sur le point de ou aller + infinitif : être sur le point de insiste sur une imminence extrême, à quelques secondes ou quelques instants près. Aller + infinitif projette simplement l'action dans le futur sans nécessairement exprimer une telle proximité. Comparez : Il est sur le point de partir = son départ est imminent ; Il va partir = son départ est prévu dans un avenir plus ou moins proche.

4. L'inchoatif : le début de l'action

se mettre à + infinitif

Cette périphrase marque le commencement soudain ou décisif d'une action. Elle suggère souvent une rupture avec ce qui précédait : l'action commence brusquement ou de manière inattendue.

Il s'est mis à pleuvoir.
Elle s'est mise à rire sans raison apparente.
Après des années d'hésitation, il s'est mis à écrire.

commencer à / de + infinitif

Cette construction est plus neutre que se mettre à : elle marque simplement le début d'une action, sans suggérer de brusquerie particulière. Commencer à est la forme la plus courante ; commencer de appartient à un registre plus littéraire et légèrement plus soutenu.

Elle commence à comprendre la situation.
Il commençait de faire nuit quand nous arrivâmes. [littéraire]

commencer par + infinitif

Cette construction indique ce qui est fait en premier dans une succession d'actions. Elle se distingue de commencer à : elle met l'accent sur l'ordre des actions et non sur le début d'un processus.

Il a commencé par s'excuser, puis il a tout expliqué.
Commencez par lire attentivement les instructions.

se prendre à + infinitif

Cette construction appartient à un registre soutenu ou littéraire. Elle exprime le début inattendu ou involontaire d'une action : le sujet se découvre en train de faire quelque chose qu'il n'avait pas nécessairement prévu.

Elle se prit à rêver d'une autre vie.
Il se prenait à espérer malgré tout.

5. Le progressif : au cœur de l'action

être en train de + infinitif

C'est la principale construction progressive du français. Elle indique que l'action est réellement en cours au moment de référence. Elle peut être conjuguée à différents temps et s'employer avec de nombreux verbes.

Il est en train de travailler.
Elle était en train de lire quand je suis entré.
Le projet était en train de dérailler.
Les négociations sont en train d'évoluer favorablement.
être en train de ou imparfait : l'imparfait peut exprimer une action en cours, un arrière-plan ou une habitude. Être en train de insiste davantage sur le déroulement concret de l'action à un moment précis et ajoute une idée d'immédiateté.
Il lisait peut signifier qu'il était occupé à lire ou qu'il avait l'habitude de lire ; Il était en train de lire insiste sur le fait que la lecture était précisément en cours à ce moment-là.

aller + participe présent / gérondif : registre soutenu ou littéraire

Cette construction littéraire ou formelle exprime une évolution progressive et continue. Elle appartient à un registre plus soutenu que être en train de.

La situation va en s'aggravant.
Le phénomène va en s'amplifiant.
Sa détermination allait en se renforçant.

6. Le continuatif et l'itératif : persistance et reprise

continuer à / de + infinitif

Cette construction marque la poursuite d'une action déjà commencée. Continuer à est neutre et courant ; continuer de est légèrement plus littéraire.

Elle continue à travailler malgré la fatigue.
Il continuait de sourire sans rien dire. [littéraire]

ne pas cesser de / ne pas arrêter de + infinitif

Ces constructions expriment une action qui se poursuit sans interruption, souvent avec une nuance d'insistance ou parfois d'agacement.

Il ne cesse de me poser des questions.
Elle n'a pas arrêté de travailler depuis ce matin.

se remettre à + infinitif

Cette périphrase marque la reprise d'une action après une interruption. L'action avait déjà commencé auparavant, s'était arrêtée, puis recommence.

Il s'est remis à fumer après dix ans d'abstinence.
Elle s'est remise à pleurer.

7. Le terminatif : la fin de l'action

venir de + infinitif

Cette construction exprime le passé récent. Elle indique que l'action vient tout juste de s'achever et constitue l'une des manières les plus précises d'exprimer une antériorité immédiate. Contrairement au passé composé, elle ne s'emploie pas elle-même au passé composé : elle apparaît au présent pour un passé récent envisagé depuis le présent, ou à l'imparfait pour un passé récent envisagé depuis un point de vue passé.

Il vient de partir.
Elle venait de raccrocher quand il rappela.
Nous venons de recevoir les résultats.
venir de : présent et imparfait uniquement : venir de ne peut être conjugué qu'au présent ou à l'imparfait. Il ne s'emploie pas au passé composé, au passé simple ni au futur.
✗ *Il est venu de partir. (impossible)
✗ *Il viendra de partir. (impossible)
✓ Il vient de partir. (présent) / Il venait de partir. (imparfait)

finir de + infinitif

Cette construction marque l'achèvement d'une action : l'action arrive à son terme naturel. Elle est neutre et très courante.

Elle a fini de lire le rapport.
Quand il aura fini de parler, nous pourrons répondre.

finir par + infinitif

Cette périphrase possède une valeur sémantique particulièrement riche. Elle indique qu'une action finit par se produire après un long processus, une série d'événements, des hésitations ou une résistance. Elle suggère une accumulation, une persistance ou l'aboutissement d'un processus. Elle se distingue donc nettement de finir de.

Il a fini par accepter.
Après des mois de négociations, ils ont fini par trouver un accord.
Elle finira par comprendre.
On finit toujours par payer ses erreurs.
finir de ou finir par :
finir de = terminer une action qui était déjà en cours : Il a fini de manger.
finir par = aboutir à une action après un processus : Il a fini par manger. Cela suppose par exemple qu'il hésitait, résistait ou qu'il a été convaincu.
La différence est aspectuelle : finir de décrit le terme d'une action ; finir par décrit le terme d'un processus.

cesser de / arrêter de + infinitif

Ces constructions marquent la fin d'une action en cours. Cesser de appartient à un registre plus soutenu ; arrêter de est plus courant.

Il a cessé de travailler à soixante ans. [soutenu]
Elle a arrêté de fumer il y a deux ans. [courant]

8. Les périphrases à différents temps : vue d'ensemble

Une compétence importante au niveau C1 consiste à comprendre qu'une périphrase peut être conjuguée à différents temps et que la combinaison obtenue produit une valeur aspectuo-temporelle précise. Le verbe conjugué porte le temps, tandis que la périphrase conserve sa valeur aspectuelle.

PériphrasePrésentImparfaitFuturConditionnel
être en train deest en train de lireétait en train de liresera en train de lireserait en train de lire
être sur le point deest sur le point de partirétait sur le point de partirsera sur le point de partirserait sur le point de partir
venir devient de finirvenait de finir(non employé)(non employé)
se mettre àse met à travaillerse mettait à travaillerse mettra à travaillerse mettrait à travailler
finir parfinit par accepterfinissait par accepterfinira par accepterfinirait par accepter

9. Erreurs et confusions fréquentes

ErreurIncorrectCorrect
Employer venir de à un temps composéIl est venu de partir.Il vient de partir.
Confondre finir de et finir parIl a fini de comprendre. si l'on veut dire qu'il a finalement compris.Il a fini par comprendre.
Confondre se mettre à et commencer àIl a commencé à pleuvoir violemment. si l'on veut insister sur un déclenchement soudain.Il s'est mis à pleuvoir violemment.
Confondre commencer à et commencer parIl a commencé à s'excuser. si l'on veut indiquer la première action d'une série.Il a commencé par s'excuser.
Employer être en train de pour une habitudeLe soir, il est en train de lire.Le soir, il lit. / Il lisait.
Employer se remettre à sans action antérieureIl s'est remis à cuisiner. s'il n'avait jamais cuisiné auparavant.Il s'est mis à cuisiner.

Résumé du cours

  • Les périphrases verbales expriment principalement l'aspect et la phase, c'est-à-dire la manière dont une action se déroule de l'intérieur, plutôt que le moment où elle a lieu.
  • Imminence : être sur le point de pour une action imminente ; aller + infinitif pour le futur proche ; être à deux doigts de pour une imminence très forte, souvent expressive.
  • Inchoatif : se mettre à pour un début brusque ; commencer à/de pour un début neutre ; commencer par pour la première action d'une série ; se prendre à pour un début involontaire ou inattendu, dans un registre littéraire.
  • Progressif : être en train de pour une action effectivement en cours ; aller en + gérondif pour une évolution progressive, dans un registre plus formel.
  • Continuatif / itératif : continuer à/de pour la poursuite ; ne pas cesser de / ne pas arrêter de pour une persistance marquée ; se remettre à pour la reprise après interruption.
  • Terminatif : venir de pour une action tout juste achevée ; finir de pour le terme d'une action ; finir par pour l'aboutissement d'un processus ; cesser de / arrêter de pour l'arrêt d'une action.
  • finir de ≠ finir par : finir de marque le terme d'une action ; finir par, l'aboutissement d'un processus.
  • venir de se conjugue uniquement au présent ou à l'imparfait, et non aux temps composés ni au futur.
  • Les périphrases peuvent se combiner avec différents temps : le verbe conjugué porte la valeur temporelle tandis que la périphrase porte la valeur aspectuelle.

Se connecter pour annoter →

Entraînement

C1
← Précédent
Le style indirect avancé
Suivant →
Cohérence et cohésion textuelle

Outils liés

Les prépositions après les verbes