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C1Avancé

Cohérence et cohésion textuelle

Anaphores, cataphores, connecteurs, progression thématique.

1. Deux niveaux d'organisation du texte

Un texte bien construit n'est pas simplement une succession de phrases grammaticalement correctes : il repose sur deux propriétés distinctes mais complémentaires.

Cohérence : propriété globale et sémantique : le texte forme un ensemble qui a du sens. Les idées entretiennent des relations logiques, ne se contredisent pas et contribuent à une signification d'ensemble unifiée.

Cohésion : propriété locale et formelle : les phrases et les paragraphes sont explicitement reliés par des moyens linguistiques comme les pronoms, les connecteurs, la répétition ou la substitution. La cohésion correspond à ce que le lecteur peut repérer dans le texte ; la cohérence correspond à ce qu'il reconstruit à partir de ces éléments.

Un texte peut être cohésif mais incohérent (toutes les phrases sont grammaticalement reliées, mais le sens global est contradictoire ou aléatoire) ou cohérent mais faiblement cohésif : les idées sont compatibles, mais les liens entre les phrases restent implicites, ce qui rend la lecture difficile. Au niveau C1, ces deux dimensions doivent être maîtrisées consciemment.

2. L'anaphore : renvoyer à ce qui précède

Un élément anaphorique renvoie à quelque chose qui a déjà été introduit dans le texte : son référent, ou antécédent, a déjà été mentionné. L'anaphore constitue le mode de reprise dominant dans la prose française : une fois une entité introduite, les références suivantes à cette entité sont généralement anaphoriques.

Types d'expressions anaphoriques

TypeMécanismeExemple
Anaphore pronominaleUn pronom personnel ou relatif remplace un nom.Paul est arrivé. Il semblait fatigué.
Anaphore démonstrativeUn pronom ou un déterminant démonstratif renvoie à un élément déjà mentionné.La décision fut prise. Cette décision allait tout changer.
Anaphore nominale par synonymieUn synonyme ou un terme proche remplace le nom initial.Le président a parlé. Le chef de l'État a insisté sur...
Anaphore nominale par hyperonymeUn terme plus général reprend le référent.Un chien errait dans la rue. L'animal semblait blessé.
Anaphore nominale descriptiveUn groupe nominal descriptif permet d'identifier le référent.Einstein publia sa théorie. Ce génie de la physique allait révolutionner la science.
EllipseLe référent reste implicite : on parle parfois d'anaphore zéro.Il prit son manteau et [Ø] sortit.

Les chaînes anaphoriques dans un texte développé

Dans un écrit formel, un même référent est souvent suivi tout au long d'un paragraphe grâce à une chaîne d'expressions anaphoriques variées. On évite ainsi de répéter constamment le même groupe nominal.

La réforme fiscale proposée par le gouvernement a suscité de vives réactions. Cette mesure, jugée trop brutale par les syndicats, a pourtant été défendue avec vigueur par le ministre des Finances. Il a souligné que le dispositif permettrait de réduire les inégalités. Les opposants à ce projet, eux, estiment que les effets de cette politique seront contre-productifs.

La chaîne anaphorique qui reprend la réforme fiscale est la suivante : cette mesure → le dispositif → ce projet → cette politique. Chaque expression maintient la référence à la même réalité tout en apportant une perspective légèrement différente.

3. La cataphore : annoncer ce qui suit

Un élément cataphorique renvoie à quelque chose qui n'a pas encore été introduit : son référent, ou postcédent, apparaît plus loin dans le texte. La cataphore crée un effet d'anticipation et parfois de suspense rhétorique. Elle est moins fréquente que l'anaphore, mais joue un rôle important dans le français formel et littéraire.

Types d'expressions cataphoriques

TypeExempleRemarque
Pronom anticipateur il dans une construction impersonnelleIl est évident que cette réforme échouera.Il annonce la proposition introduite par que.
ce / cela à valeur anticipatriceVoici ce que je propose : une réforme en trois étapes.La structure annonce ce qui va suivre.
Cataphore dans une phrase clivéeC'est la raison pour laquelle je vous écris : [l'explication suit].La raison est annoncée avant d'être explicitée.
Structure relative à valeur cataphoriqueCe qui frappe d'emblée, c'est l'ampleur des dégâts.Le contenu annoncé par la relative est explicité ensuite.
Voici la conclusion à laquelle nous sommes parvenus : les données disponibles ne permettent pas de trancher.
Voici a ici une valeur cataphorique : il annonce ce qui va suivre.

C'est là que réside le problème fondamental : comment concilier efficacité économique et justice sociale ?
La structure c'est là que annonce ici l'explication du problème qui suit.
La cataphore comme procédé rhétorique : les structures cataphoriques créent un effet d'anticipation : le lecteur est averti qu'un élément important va être présenté. Dans un texte argumentatif formel, ouvrir un paragraphe avec une structure comme Voici ce que révèlent les chiffres... ou C'est la raison pour laquelle... permet de guider l'attention du lecteur et de présenter ce qui suit comme un point central.

4. Les connecteurs : assurer explicitement la cohésion logique

Les connecteurs, aussi appelés connecteurs logiques ou articulateurs, signalent explicitement la relation logique entre deux propositions, deux phrases ou deux paragraphes. Au niveau C1, l'enjeu n'est plus seulement de connaître ces connecteurs, mais de choisir celui qui correspond précisément à la relation exprimée et au registre du texte.

Addition

RegistreConnecteursExemple
Courantde plus, en outre, par ailleursDe plus, cette mesure est coûteuse.
Soutenuqui plus est, de surcroît, au surplusQui plus est, elle est inefficace.
Addition renforcéevoire, voire mêmeC'est difficile, voire impossible.

Opposition et concession

RegistreConnecteursExemple
Courantmais, cependant, pourtant, toutefoisCependant, des doutes subsistent.
Soutenunéanmoins, or, en revanche, au contraireNéanmoins, il convient de nuancer.
Concessioncertes... mais, il est vrai que... cependantCertes, les progrès sont réels. Mais...
Opposition forteor, en réalité, il n'en reste pas moins queIl n'en reste pas moins que le risque demeure.

Cause et conséquence

RelationConnecteursExemple
Cause (courant)car, parce que, puisque, étant donné queIl a démissionné car la pression était trop forte.
Cause (soutenu)vu que, du fait que, en raison de, compte tenu deDu fait de l'instabilité, le projet a été suspendu.
Conséquence (courant)donc, ainsi, c'est pourquoi, de ce faitDe ce fait, aucune décision ne fut prise.
Conséquence (soutenu)par conséquent, en conséquence, il s'ensuit que, d'oùPar conséquent, la réforme doit être repensée.

Illustration et exemplification

RegistreConnecteursExemple
Courantpar exemple, comme, notamment, ainsiAinsi, en France, le taux a augmenté de 3 %.
Soutenuc'est le cas de, à titre d'exemple, à l'instar deÀ l'instar de la Suède, la France pourrait adopter...

Reformulation et clarification

FonctionConnecteursExemple
Reformulationc'est-à-dire, autrement dit, en d'autres termesAutrement dit, le système est à bout de souffle.
Précisionen particulier, notamment, plus précisémentPlus précisément, il s'agit des données de 2023.
Résumé / conclusionen somme, en définitive, au total, brefEn définitive, la question reste ouverte.
Abuser des connecteurs constitue aussi une erreur au niveau C1 : un texte saturé de connecteurs comme premièrement... deuxièmement... troisièmement... de plus... en outre... paraît mécanique et peu naturel. Au niveau C1, les connecteurs doivent être employés avec discernement. La relation entre deux propositions peut souvent être mieux exprimée par des moyens syntaxiques (subordination, apposition, construction participiale) que par un connecteur explicite. Dans une prose formelle maîtrisée, on utilise surtout les connecteurs lorsque la relation logique ne ressort pas immédiatement de la syntaxe.

5. La progression thématique

La progression thématique désigne la manière dont un texte fait avancer l'information : ce qui est présenté comme connu constitue le thème, c'est-à-dire le point de départ, tandis que ce qui est présenté comme nouveau constitue le rhème, c'est-à-dire l'information ajoutée. Chaque phrase possède une organisation thème-rhème, et la manière dont ces structures s'enchaînent détermine en grande partie la fluidité et la lisibilité du texte.

Trois grands schémas de progression

Schéma 1 : progression linéaire (rhème → nouveau thème)

Le rhème, c'est-à-dire l'information nouvelle d'une phrase, devient le thème de la phrase suivante. Ce procédé crée une chaîne de développement.

La crise économique a provoqué une hausse du chômage [rhème 1]. Ce chômage a entraîné une augmentation de la pauvreté [rhème 2]. Cette pauvreté a à son tour alimenté les tensions sociales [rhème 3].

Chaque phrase reprend l'élément nouveau de la phrase précédente et en fait le point de départ de la suivante. Ce schéma est fréquent dans les textes analytiques qui construisent une chaîne de causes et de conséquences.

Schéma 2 : thème constant (un thème, plusieurs rhèmes)

Le même thème est maintenu dans plusieurs phrases successives, tandis qu'une information nouvelle est ajoutée à chaque étape. Ce schéma renforce la cohérence thématique autour d'un même sujet.

Victor Hugo est l'un des plus grands écrivains français [rhème 1]. Il a produit une œuvre colossale [rhème 2]. Il s'est également engagé dans la vie politique [rhème 3]. Il mourut en 1885, laissant derrière lui une empreinte indélébile [rhème 4].

Ce type de progression est fréquent dans les biographies et les portraits.

Schéma 3 : thèmes dérivés (un hyperthème génère plusieurs sous-thèmes)

Un thème global donne naissance à plusieurs sous-thèmes, développés ensuite en parallèle. Ce procédé permet de construire un texte structuré et analytique.

La mondialisation a trois dimensions principales [hyperthème]. Sa dimension économique se manifeste par l'intégration des marchés. Sa dimension culturelle se traduit par une homogénéisation des modes de vie. Sa dimension politique, enfin, repose sur l'émergence d'institutions supranationales.

Ce type de progression est fréquent dans les textes analytiques et argumentatifs.

6. La cohésion lexicale : au-delà des pronoms

La cohésion ne repose pas uniquement sur les pronoms et les connecteurs. Les choix lexicaux effectués dans l'ensemble du texte (répétition, synonymie, antonymie, collocations) contribuent eux aussi à créer des réseaux cohésifs.

Les isotopies ou champs lexicaux

Un texte cohérent maintient généralement une ou plusieurs isotopies, c'est-à-dire des réseaux de mots liés sémantiquement qui assurent son unité thématique. Savoir repérer ces isotopies est une compétence importante en compréhension écrite au niveau C1 ; savoir les construire volontairement l'est tout autant en production écrite.

Isotopie de la crise économique : récession, chômage, déficit, dette, austérité, plan de rigueur, croissance, relance, taux, marché, des mots appartenant au même champ sémantique et qui assurent la cohésion thématique du texte.

Isotopie du conflit politique : opposition, tension, affrontement, négociation, compromis, accord, rupture, coalition, fissure, débat

La substitution lexicale

La substitution lexicale consiste à éviter la répétition en remplaçant un groupe nominal par une autre expression sémantiquement liée. Il s'agit d'une forme particulièrement élaborée d'anaphore nominale.

Le rapport a été salué par les experts. Ce document de référence, fruit de deux années de recherche, une synthèse inédite des données disponibles (trois expressions différentes renvoient ici au rapport, chacune ajoutant une nuance descriptive ou évaluative).

7. Les ruptures de cohésion : erreurs fréquentes au niveau C1

Type d'erreurExemple du problèmeCorrection
Référence pronominale ambiguëPaul a rencontré Marc avant qu'il parte. Qui est parti ?Remplacer le pronom par le nom : avant que Paul parte ou avant que Marc parte.
Chaîne anaphorique rompueUne entité est introduite, puis reprise trois paragraphes plus loin par un pronom dont le lecteur ne peut plus identifier clairement le référent.Réintroduire explicitement le référent lorsque l'écart est important.
Changement de thème non préparéUn nouveau sujet apparaît sans élément de transition, ce qui crée une rupture dans la progression.Ajouter une phrase de transition ou un élément qui assure le lien thématique.
Surcharge en connecteursPremièrement... Deuxièmement... De plus... En outre... Par ailleurs...Varier les procédés : employer la subordination, une construction participiale ou une apposition plutôt qu'un connecteur explicite.
Répétition sans variationLe même nom est répété dans chaque phrase au lieu d'être repris par une chaîne anaphorique variée.Alterner pronom, synonyme, groupe nominal descriptif et démonstratif.
Progression linéaire sans approfondissementL'information nouvelle de chaque phrase devient systématiquement le thème de la suivante, créant une chaîne sans véritable profondeur analytique.Varier les schémas de progression, par exemple en combinant progression linéaire et thème constant.

8. Application : évaluer la cohésion d'un texte

Au niveau C1, vous devez être capable d'évaluer la qualité cohésive d'un texte que vous avez écrit ou lu. Vous pouvez appliquer les cinq vérifications suivantes :

  1. Suivre les chaînes anaphoriques : chaque pronom et chaque démonstratif peuvent-ils être reliés sans ambiguïté à leur antécédent ?
  2. Vérifier les connecteurs : les relations logiques entre les propositions sont-elles signalées correctement ? Les connecteurs sont-ils utilisés avec discernement plutôt que mécaniquement ?
  3. Observer la progression thématique : l'information suit-elle un schéma identifiable (linéaire, constant ou dérivé) ? Existe-t-il des changements de thème non préparés ?
  4. Repérer les isotopies : le texte maintient-il un champ lexical cohérent qui renforce son unité ?
  5. Repérer les structures cataphoriques : les points importants sont-ils parfois annoncés avant d'être développés, afin de structurer l'anticipation du lecteur ?

Résumé du cours

  • La cohérence correspond à l'unité sémantique globale d'un texte ; la cohésion désigne l'ensemble des procédés linguistiques explicites qui relient ses différentes parties.
  • L'anaphore renvoie à un référent déjà introduit : elle peut être pronominale, démonstrative, nominale (synonyme, hyperonyme, description) ou prendre la forme d'une ellipse.
  • Dans la prose formelle, les chaînes anaphoriques permettent de suivre un même référent grâce à des expressions variées tout au long d'un paragraphe, en évitant la répétition systématique du même nom.
  • La cataphore renvoie à un élément qui n'a pas encore été présenté et crée un effet d'anticipation. Parmi les principaux marqueurs : il anticipateur, voici, certaines phrases clivées et les structures relatives en ce qui / ce que.
  • Les connecteurs indiquent les relations logiques : addition, opposition, concession, cause, conséquence, illustration, reformulation. Au niveau C1, les utiliser excessivement est aussi problématique que ne pas les utiliser suffisamment.
  • La progression thématique peut être linéaire (le rhème devient le nouveau thème), à thème constant (un même thème reçoit plusieurs informations nouvelles) ou à thèmes dérivés (un hyperthème génère plusieurs sous-thèmes).
  • La cohésion lexicale repose notamment sur les isotopies, c'est-à-dire les champs sémantiques maintenus dans le texte, et sur la substitution lexicale, qui permet de désigner une même réalité par des groupes nominaux variés.
  • Les erreurs de cohésion les plus fréquentes au niveau C1 sont les références pronominales ambiguës, la surcharge en connecteurs, les changements de thème non préparés et la répétition sans variation anaphorique.
  • Dans une production de niveau C1, chaque pronom doit avoir un référent identifiable, les connecteurs doivent rester sélectifs, la progression thématique doit être maîtrisée, le champ lexical cohérent et les structures cataphoriques peuvent être utilisées pour renforcer l'organisation rhétorique.

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