Grammaire / B2 : Intermédiaire + / Les registres de langue

B2Intermédiaire +

Les registres de langue

Différences entre langage familier, courant et soutenu.

1. Trois registres, une même langue

Le français ne possède pas un style unique et figé : il existe un ensemble de registres, chacun étant adapté à des contextes, des relations et des objectifs précis. Les trois principaux registres sont :

Familier

Français oral de la vie quotidienne, employé entre amis, en famille ou entre personnes proches. Il peut comporter de l’argot, des ellipses et des formes grammaticales non standard. Il n’est généralement pas adapté à l’écrit, sauf lorsqu’on cherche à reproduire la langue parlée.

Courant

Registre neutre et standard du français. Il est utilisé dans la plupart des textes écrits, dans la communication professionnelle et dans les conversations relativement formelles. C’est le registre de référence pour la plupart des productions du DELF.

Soutenu

Registre de la littérature, des discours officiels, des documents administratifs et de certains écrits universitaires. Il évite les formes réduites ou relâchées et privilégie souvent une syntaxe plus complexe ainsi qu’un vocabulaire plus recherché.
Il existe aussi un registre encore plus marqué que le familier : l’argot, qui peut inclure du vocabulaire très codé, du verlan (procédé consistant à transformer certains mots) et des expressions liées à des groupes sociaux particuliers. Au niveau B2, il est surtout attendu de savoir le reconnaître ; son emploi n’est pas nécessaire.

2. Différences phonologiques et de prononciation

Les différences de registre apparaissent déjà à l’oral, avant même que le vocabulaire ou la grammaire n’entrent en jeu.

CaractéristiqueFamilierCourantSoutenu
Suppression de neJe sais pas.Je ne sais pas.Je ne sais pas.
Élision de tuT’as mangé ?Tu as mangé ?As-tu mangé ?
Réduction de il(s)Y a quelqu’un.Il y a quelqu’un.Il y a quelqu’un.
Réduction de certains mots grammaticauxJ’crois qu’c’est bon.Je crois que c’est bon.Je crois que c’est bon.
LiaisonsSouvent moins nombreusesLiaisons usuelles respectéesLiaisons obligatoires et liaisons soutenues davantage réalisées

3. Différences grammaticales

Les différences grammaticales entre les registres sont parmi les plus systématiques et les plus souvent évaluées au niveau B2.

Négation

FamilierCourantSoutenu
Je sais pas.Je ne sais pas.Je ne sais pas. (ou je n’en sais rien)
J’ai rien compris.Je n’ai rien compris.Je n’ai rien compris.
Y’a personne.Il n’y a personne.Nul n’est présent.

Interrogation

FamilierCourantSoutenu
T’as faim ?Est-ce que tu as faim ?As-tu faim ?
Il part quand ?Quand est-ce qu’il part ?Quand part-il ?
Pourquoi t’es là ?Pourquoi est-ce que tu es là ?Pourquoi êtes-vous ici ?
C’est qui ?Qui est-ce ?Qui est-ce donc ?

Pronoms personnels et emploi de on

CaractéristiqueFamilierCourantSoutenu
1re personne du plurielOn est arrivés.On est arrivés. / Nous sommes arrivés.Nous sommes arrivés.
Pronom toniqueC’est moi qui l’ai fait.C’est moi qui l’ai fait.C’est moi qui l’ai fait.
Ordre des pronomsDonne-moi-le. [non standard]Donne-le-moi.Veuillez me le remettre.

Pronoms relatifs

FamilierCourant / Soutenu
C’est le film que j’ai vu avec lui.C’est le film que j’ai vu avec lui. (même forme)
La fille que je t’ai parlé. [non standard]La fille dont je t’ai parlé.
La raison pourquoi j’ai refusé. [non standard]La raison pour laquelle j’ai refusé.
L’endroit où j’habite.L’endroit où j’habite. (même forme)

Emploi des temps

CaractéristiqueFamilier / CourantSoutenu
Temps du passé dans un récitPassé composé : Il a dit qu’il est venu.Passé simple : Il dit qu’il vint.
Conditionnel au discours indirectIl a dit qu’il viendrait.Il dit qu’il viendrait.
Subjonctif imparfaitPratiquement absent de la langue parlée actuelleIl fallait qu’il partît. [très soutenu]

4. Différences de vocabulaire

Le vocabulaire est souvent le marqueur de registre le plus visible. Une même idée peut être exprimée par des mots très différents selon le registre choisi.

NotionFamilierCourantSoutenu
Argentdu fric, du cash, des sousde l’argentdes fonds, des ressources financières
Mangermanger, bouffer, se faire un trucmanger, déjeunerse restaurer, prendre un repas
Partirse casser, y aller, se tirerpartir, s’en allerprendre congé, se retirer
Travaillerbosser, taffertravaillerexercer (une activité), œuvrer
Un problèmeun truc, un souci, galérerun problèmeune difficulté, un obstacle, un écueil
Très / beaucouptrop, grave, hyper, mégatrès, vraimentfort, extrêmement, particulièrement
Comprendrecapter, saisir, voir le truccomprendresaisir, appréhender
Vouloiravoir envie, kiffer, vouloirvouloir, souhaitersouhaiter, désirer, aspirer à
Bien / excellentouf, stylé, carré, c’est cleanbien, superexcellent, remarquable, de qualité
Amile pote, le gars, ma gol’ami, le collèguel’ami, le camarade, le confrère

5. Différences de discours et de syntaxe

À l’échelle de la phrase et du paragraphe, les registres se distinguent par la manière de relier les idées, par la longueur des phrases et par le degré d’explicitation des relations logiques.

Une même idée dans trois registres :

Familier : Le problème c’est qu’on a pas assez de cash. Faut trouver autre chose.

Courant : Le problème est que nous ne disposons pas de fonds suffisants. Il faut donc trouver une autre solution.

Soutenu : Le problème réside dans l’insuffisance des ressources disponibles. Il convient dès lors d’envisager des alternatives.

Principales caractéristiques syntaxiques du registre soutenu

CaractéristiqueExemple
Inversion du sujet et du verbe, pas seulement dans les questionsAinsi s’explique ce phénomène.
Nominalisations privilégiées par rapport aux propositions verbalesLa hausse des prix plutôt que les prix ont augmenté
Participe présent pouvant remplacer une proposition relativeLes candidats remplissant les conditions plutôt que qui remplissent
Constructions impersonnellesIl convient de noter que, il apparaît que
Phrases plus longues et plus complexesLes propositions subordonnées sont organisées avec précision plutôt que simplement juxtaposées.
Évitement de onEmploi de nous ou d’une nominalisation à la place de on

6. Verlan et argot : les reconnaître au niveau B2

À côté du registre familier, on trouve l’argot, qui comprend notamment le verlan, procédé qui consiste à transformer certains mots en inversant ou en réorganisant leurs syllabes. Né notamment dans les milieux urbains populaires, le verlan s’est ensuite largement diffusé dans le français oral courant.

Forme standardVerlanSens
l’enversverlanLe nom même du procédé vient d’une transformation de l’envers.
l’enversverlanInversion
une femmeune meufUne femme
bizarrezarbiBizarre
lourdrelouPénible, agaçant
ouf (issu de fou)oufFou, incroyable ; terme aujourd’hui très répandu
à l’enversà l’enversÀ l’envers, désordonné
stylerstyléÉlégant, réussi, « cool »
Le verlan au niveau B2 : on attend surtout que vous sachiez comprendre des mots de verlan ou d’argot lorsqu’ils apparaissent dans un texte de compréhension, un dialogue de film ou une chanson. Il n’est pas nécessaire d’en produire. Employer du verlan dans une production du DELF risquerait de rendre le registre inadapté à la tâche.

7. Mélanges de registres : les erreurs les plus fréquentes

Une erreur de registre n’est pas nécessairement une erreur grammaticale : une phrase peut être grammaticalement correcte tout en étant inadaptée à la situation. Au niveau B2, l’évaluation porte notamment sur la capacité à conserver un registre approprié et cohérent tout au long d’un texte.

Type d’erreurFormulation inadaptéeFormulation corrigée
Registre familier dans une lettre formelleJe veux vous dire que c’est pas possible.Je souhaite vous informer que cela n’est pas possible.
Vocabulaire familier dans un texte argumentatifCe truc est vachement important.Cette question est extrêmement importante.
Absence de ne dans un écrit formelIl sait pas ce qu’il fait.Il ne sait pas ce qu’il fait.
Registre soutenu dans un message informelJe souhaiterais vous informer de ma venue. (à un ami proche)Je voulais te dire que je viens.
Emploi de on dans un écrit très formelOn peut donc conclure que... [texte formel]Il est donc possible de conclure que... / Nous pouvons conclure que...
Absence d’inversion dans une question soutenueQuand est-ce que nous partons ? [discours formel]Quand partons-nous ?

8. Application au DELF B2 : ce que l’examinateur attend

Au DELF B2, la maîtrise du registre est explicitement prise en compte. Dans les productions écrites, on attend notamment que vous sachiez :

  • Identifier le registre demandé par la consigne : lettre formelle, texte argumentatif, article, message, etc.
  • Maintenir ce registre de manière cohérente dans l’ensemble du texte ; les mélanges de registres donnent une impression d’instabilité.
  • Employer ne dans la négation dans toute tâche formelle ou semi-formelle.
  • Éviter le vocabulaire trop familier (truc, bosser, vachement, super) dans les productions formelles ou standard.
  • Employer les formes d’adresse adaptées : vous dans les lettres formelles et des formules de politesse appropriées (Veuillez agréer..., Je vous prie d’agréer mes salutations distinguées) dans les courriers officiels.
  • Dans un texte argumentatif, éviter d’abuser de je pense que ou moi je crois que ; privilégier lorsque c’est pertinent des formulations plus distanciées : il semble que, force est de constater que, il convient de souligner que.

Résumé du cours

  • Le français possède trois grands registres : familier (oral et informel), courant (standard et neutre) et soutenu (formel ou littéraire). L’argot et le verlan se situent dans des usages encore plus marqués.
  • Prononciation : le familier supprime fréquemment ne, réduit certaines formes comme il y a et élide parfois tu. Le registre soutenu respecte davantage les liaisons.
  • Négation : le familier omet souvent ne, tandis que les registres courant et soutenu le conservent. Le registre soutenu peut employer des formes comme nul, nullement, point.
  • Interrogation : le familier privilégie souvent l’intonation montante ou le mot interrogatif en fin de phrase ; le courant emploie fréquemment est-ce que ; le soutenu favorise l’inversion du sujet et du verbe.
  • 1re personne du pluriel : le familier et le courant utilisent très souvent on, tandis que le soutenu privilégie nous.
  • Temps du passé : le familier et le courant utilisent principalement le passé composé ; le passé simple apparaît surtout dans les récits littéraires ou soutenus.
  • Vocabulaire : le choix des mots varie fortement selon le registre : fric → argent → fonds ; bouffer → manger → se restaurer ; truc → problème → écueil.
  • Syntaxe soutenue : nominalisations, participes présents, constructions impersonnelles, inversions du sujet et du verbe, et moindre recours à on.
  • Verlan : il faut surtout savoir le reconnaître ; il n’est pas attendu dans les productions formelles ou au DELF.
  • Au DELF B2, la cohérence du registre est évaluée : il faut conserver un niveau de langue adapté à la situation et éviter les mélanges injustifiés entre familier, courant et soutenu.

Se connecter pour annoter →

Entraînement

B2
← Précédent
La modalisation
Suivant →
L'expression de la quantité : approfondie