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B2Intermédiaire +

La modalisation

Exprimer la certitude, le doute, la probabilité : sans doute, il paraît que...

1. Qu’est-ce que la modalisation ?

La modalisation désigne l’ensemble des moyens linguistiques qui permettent à un locuteur d’indiquer son degré d’adhésion à ce qu’il affirme. Au lieu de présenter chaque information comme un fait incontestable, un locuteur ou un rédacteur peut nuancer : certaines choses sont certaines, d’autres probables, d’autres seulement rapportées, et d’autres encore mises en doute. Cette capacité à nuancer distingue un texte de niveau B2 d’une simple succession d’affirmations.

En français, quatre grandes catégories grammaticales permettent d’exprimer cette modalisation :

  • Les adverbes et locutions adverbiales de modalité : sans doute, certainement, probablement...
  • Les verbes modaux : devoir, pouvoir dans leurs emplois épistémiques, c’est-à-dire lorsqu’ils expriment une probabilité ou une possibilité.
  • Les verbes et expressions de discours rapporté : il paraît que, il semble que, on dit que, selon...
  • Le conditionnel comme moyen de prendre de la distance par rapport à l’information.

2. L’échelle de la certitude au doute

Les expressions de modalité n’ont pas toutes la même force. Elles vont de la certitude complète au doute marqué, voire au rejet d’une information. Les situer sur une échelle permet de choisir l’expression adaptée au degré de certitude que l’on souhaite communiquer.

Certitudecertainement, assurément, il est certain que
Forte probabilitésans doute, probablement, il est probable que
Possibilitépeut-être, éventuellement, il est possible que
Information rapportée / non vérifiéeil paraît que, on dit que, selon...
Doute / rejetil est peu probable que, il est douteux que

3. Les adverbes et locutions adverbiales de modalité

Ce sont les marqueurs de modalité les plus souples : ils peuvent être insérés à différents endroits de la phrase sans en modifier la structure grammaticale.

Certitude

ExpressionExempleValeur
certainementIl viendra certainement.Certitude forte.
assurémentAssurément, cette décision aura des conséquences.Certitude affirmée, registre soutenu.
indéniablementLa situation s’est indéniablement améliorée.Fait présenté comme impossible à nier.
incontestablementC’est incontestablement le meilleur résultat.Fait présenté comme incontestable.
manifestementIl est manifestement mal informé.Conclusion considérée comme évidente.

Forte probabilité

ExpressionExempleValeur
probablementElle est probablement déjà partie.Probabilité forte.
vraisemblablementIl s’agit vraisemblablement d’une erreur.Hypothèse jugée très plausible.
sans douteC’est sans doute la meilleure solution.Probabilité forte, mais pas certitude absolue.
apparemmentApparemment, la réunion est annulée.Information déduite des apparences ou d’indices disponibles.
sans doute n’exprime pas une certitude absolue : en français moderne, sans doute indique généralement une forte probabilité.
Il viendra sans doute demain. = sa venue est très probable, mais elle n’est pas présentée comme certaine.
Pour exprimer une certitude totale, on emploie plutôt sans aucun doute ou indéniablement.

Possibilité

ExpressionExempleValeur
peut-êtrePeut-être viendra-t-il. / Il viendra peut-être.Possibilité.
éventuellementOn pourrait éventuellement reconsidérer la décision.Possibilité envisagée, si nécessaire.
possiblementCela est possiblement lié à la crise.Possibilité, registre plutôt soutenu ou régional selon les usages.
Attention au sens de éventuellement : ce mot signifie « peut-être », « si nécessaire » ou « le cas échéant » ; il n’exprime pas l’idée d’un événement qui finit par se produire.
On pourrait éventuellement changer de stratégie. = ce changement est une possibilité, notamment si cela devient nécessaire.
Pour exprimer l’idée qu’un changement finira par se produire, on dira par exemple : Nous finirons par changer de stratégie.
peut-être et l’ordre des mots : lorsque peut-être est placé en tête de phrase dans un registre écrit soutenu, on emploie l’inversion du sujet :
Peut-être viendra-t-il demain. [registre soutenu]
Peut-être qu’il viendra demain. [registre courant, sans inversion]
Il viendra peut-être demain. [forme neutre, très courante à l’oral]

Doute et faible probabilité

ExpressionExempleValeur
guèreIl n’est guère probable qu’il accepte.Probabilité très faible.
difficilementCela est difficilement envisageable.Possibilité jugée peu réaliste.
à peineC’est à peine croyable.Fait presque impossible à croire.

4. Les verbes modaux dans leur emploi épistémique

Les verbes devoir et pouvoir ont notamment deux types d’emplois : un emploi déontique, lié à l’obligation ou à la permission, et un emploi épistémique, qui exprime une probabilité ou une possibilité. Au niveau B2, il est important de savoir reconnaître et employer cet usage épistémique.

devoir : emploi épistémique : probabilité / déduction logique

TempsValeur épistémiqueExempleInterprétation
PrésentForte probabilité dans le présentIl doit être fatigué.On déduit qu’il est probablement fatigué.
ConditionnelProbabilité plus atténuée / suppositionIl devrait être là.On suppose qu’il est probablement là.
Passé composéDéduction à propos du passéIl a dû se tromper.On déduit qu’il s’est probablement trompé.
Conditionnel passéAction attendue ou qui aurait été souhaitableIl aurait dû partir hier.Selon le contexte : son départ était prévu ou il aurait été préférable qu’il parte.

pouvoir : emploi épistémique : possibilité

TempsValeur épistémiqueExempleInterprétation
PrésentPossibilité actuelle ou généraleCela peut arriver.Cela est possible.
ConditionnelPossibilité hypothétiqueIl pourrait avoir raison.Il est possible qu’il ait raison.
Conditionnel passéPossibilité passée non réalisée ou envisagée rétrospectivementElle aurait pu se tromper.Une erreur de sa part était possible.
Déontique ou épistémique : comment les distinguer ?
Il doit partir. (emploi déontique : il a l’obligation de partir.)
Il doit être parti. (emploi épistémique : on déduit qu’il est probablement déjà parti.)
La présence d’un infinitif passé comme être parti constitue souvent un indice fort de l’emploi épistémique de devoir.

5. Les expressions qui rapportent une information

Ces structures présentent une information comme provenant d’une source extérieure (entendue, lue ou rapportée) plutôt que de l’expérience directe du locuteur. Elles sont particulièrement utiles dans la presse, les textes argumentatifs formels et, plus généralement, lorsque l’on ne peut pas garantir soi-même la véracité d’une affirmation.

il paraît que + indicatif

Cette expression rapporte une information entendue ou transmise par d’autres personnes, sans que le locuteur la présente comme certaine.

Il paraît que la direction envisage des licenciements.

Il paraîtrait que des négociations sont en cours. [conditionnel = prise de distance plus forte]

il semble que + subjonctif / indicatif

Cette expression traduit une impression personnelle ou une apparence générale. Elle marque souvent davantage de réserve que il paraît que.

Il semble que la situation soit plus complexe qu’on ne le pensait. [subjonctif : impression impersonnelle]
Il me semble que la situation est plus complexe. [indicatif : impression personnelle]

on dit que / on rapporte que / on affirme que + indicatif

Ces expressions attribuent une affirmation à une source non précisée. Elles sont fréquentes dans la langue journalistique.

On dit que les prix vont encore augmenter.
On rapporte que plusieurs personnes ont été blessées.
On affirme que des progrès ont été accomplis.

selon + source / d’après + source

Ces expressions attribuent explicitement l’information à une source identifiée. Le verbe qui suit se met à l’indicatif.

Selon les experts, la situation devrait s'améliorer.

D'après le rapport annuel, les bénéfices ont augmenté de 12 %.

à en croire + source

Cette expression, plus soutenue et parfois légèrement ironique, signifie que l’on rapporte une information en prenant une certaine distance par rapport à sa source.

À en croire les statistiques, le chômage est en baisse.

À en croire certains observateurs, la crise serait terminée.

6. Le conditionnel comme moyen de prise de distance

Dans la presse et dans les écrits formels, le conditionnel peut servir à rapporter une information non vérifiée, que le rédacteur ne peut pas confirmer lui-même. On parle alors de conditionnel journalistique ou de conditionnel de l’information non vérifiée.

Le président envisagerait une réforme fiscale.

Plusieurs dizaines de personnes auraient été blessées.

L'accord serait sur le point d’être signé.
Le conditionnel journalistique en pratique : cet emploi du conditionnel est très fréquent dans les médias francophones. Il indique que l’information provient d’une source, mais qu’elle n’a pas été confirmée de manière indépendante. Au niveau B2, il est important de savoir le reconnaître et de pouvoir l’employer dans des productions écrites, notamment dans un texte argumentatif ou un résumé d’article de presse.

7. Combiner plusieurs marqueurs pour nuancer avec précision

Un texte de niveau B2 peut combiner plusieurs marqueurs de modalité dans un même passage afin d’exprimer avec précision différents degrés de certitude.

Il est vraisemblable que la décision pourrait être annoncée dans les prochains jours. Selon certaines sources, le ministre aurait déjà tranché la question. Cependant, il convient de rester prudent : rien n’est certain à ce stade.

Dans ce passage : vraisemblable exprime une forte probabilité ; pourrait, une possibilité ; selon certaines sources attribue l’information à une source extérieure ; aurait tranché relève du conditionnel journalistique ; enfin, rien n’est certain réintroduit explicitement le doute. Cinq marqueurs différents sont ainsi combinés en trois phrases.

8. Vue d’ensemble des registres

FonctionOral / registre familier ou courantÉcrit / registre formel (B2)
Certitudec'est sûr, forcémentcertainement, assurément, indéniablement, manifestement
Forte probabilitésans doute, probablementvraisemblablement, il est probable que, selon toute vraisemblance
Possibilitépeut-être, des foiséventuellement, il est possible que, il se pourrait que
Information rapportéeon dit que, paraît-ilil paraît que, selon, d'après, on rapporte que, à en croire
Information non vérifiéeil serait / il aurait (à l’oral)conditionnel journalistique
Doutej'en doute, c'est pas sûril est peu probable que, il est douteux que, guère

9. Erreurs fréquentes

ErreurIncorrectCorrect
Interpréter sans doute comme une certitude absolueIl viendra sans doute : c'est garanti.Il viendra sans aucun doute : c'est garanti.
Employer éventuellement pour exprimer une idée de résultat finalIl finira éventuellement par accepter. (avec le sens de « finir par »)Il finira par accepter. / Il acceptera à terme.
Ne pas faire l’inversion après peut-être en tête de phrase dans un registre soutenuPeut-être il viendra. [contexte formel]Peut-être viendra-t-il. / Peut-être qu'il viendra.
Confondre les emplois épistémique et déontique de devoirIl doit être à Paris. (ambigu sans contexte)Précisez le contexte ou employez il est probablement à Paris pour exprimer clairement une déduction.
Ne pas marquer suffisamment la distance lorsque l’information est incertaineIl paraît que des négociations sont en cours. [acceptable, mais peu distancié]Il paraîtrait que des négociations seraient en cours. [prise de distance renforcée]

Résumé du cours

  • La modalisation permet au locuteur d’indiquer son degré d’adhésion à la vérité d’une affirmation.
  • Les expressions de modalité vont de la certitude (certainement, indéniablement) à la forte probabilité (sans doute, probablement, vraisemblablement), puis à la possibilité (peut-être, éventuellement) et au doute (il est peu probable, guère).
  • sans doute exprime généralement une forte probabilité, et non une certitude absolue. Pour une certitude complète, on peut employer sans aucun doute.
  • éventuellement signifie « peut-être », « si nécessaire » ou « le cas échéant ».
  • Lorsque peut-être est placé en tête de phrase dans un registre soutenu, on emploie l’inversion ; la structure peut-être que permet de l’éviter dans un registre courant.
  • devoir épistémique : au présent, il exprime une forte probabilité (il doit être là) ; au conditionnel, une supposition plus atténuée (il devrait être là) ; au passé composé, une déduction concernant le passé (il a dû partir).
  • pouvoir épistémique : le conditionnel exprime une possibilité hypothétique (il pourrait avoir raison) ; le conditionnel passé permet d’envisager rétrospectivement une possibilité (elle aurait pu se tromper).
  • Expressions de discours rapporté : il paraît que rapporte une information transmise par d’autres ; il semble que exprime une impression ; on dit / rapporte / affirme que renvoie à des sources non précisées ; selon / d’après introduit une source identifiée ; à en croire est plus soutenu et peut être légèrement ironique.
  • Le conditionnel journalistique sert à rapporter une information non vérifiée : le président envisagerait, plusieurs personnes auraient été blessées.
  • Combiner plusieurs marqueurs (adverbe, verbe modal, expression de discours rapporté, conditionnel) permet d’obtenir les nuances attendues dans une production de niveau B2.

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