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C1Avancé

Le subjonctif imparfait : reconnaissance

Forme et emploi dans les textes littéraires et soutenu.

1. Un temps à reconnaître, pas à produire

Le subjonctif imparfait (le subjonctif imparfait) a pratiquement disparu du français parlé et de la plupart des écrits informels. Il subsiste principalement dans trois domaines : la littérature classique et du XIXe siècle, la prose administrative très soutenue et les registres volontairement élevés (discours, certains textes journalistiques). Au niveau C1, l'objectif principal est de le reconnaître sans le confondre avec un autre temps lorsqu'il apparaît dans un texte, et de comprendre sa fonction grammaticale. Il n'est pas nécessaire de savoir l'employer activement à ce niveau, mais connaître ses formes permet d'éviter de mauvaises interprétations en lecture.

Objectifs C1 pour ce temps :
✓ Reconnaître les formes du subjonctif imparfait dans un texte
✓ Comprendre qu'il remplace traditionnellement le subjonctif présent après un verbe principal au passé
✓ Connaître les formes inhabituelles susceptibles de créer des difficultés de lecture
✗ Non exigé : production active à l'écrit ou à l'oral

2. Pourquoi existait-il ? La logique de la concordance des temps au subjonctif

Dans la grammaire française classique, la concordance des temps au subjonctif était observée de manière stricte. De la même façon que l'indicatif adapte son temps à celui du verbe principal, le subjonctif possédait sa propre concordance :

Temps de la proposition principaleSubjonctif dans la subordonnée : simultanéité ou postérioritéSubjonctif dans la subordonnée : antériorité
Présent / FuturSubjonctif présent (subjonctif présent)Subjonctif passé (subjonctif passé)
Passé / ConditionnelSubjonctif imparfait (subjonctif imparfait)Plus-que-parfait du subjonctif (subjonctif plus-que-parfait)
Français moderne (concordance simplifiée : la plupart des contextes actuels) :
Il voulait que tu viennes. (subjonctif présent après un verbe principal au passé)

Français classique / soutenu (concordance stricte) :
Il voulait que tu vinsses. (subjonctif imparfait : simultanéité avec le verbe principal au passé)

Aujourd'hui, le subjonctif présent s'est imposé dans presque tous les contextes, même après un verbe principal au passé. Le subjonctif imparfait ne subsiste que dans des registres très soutenus ou littéraires.

3. Formation

Le subjonctif imparfait se forme à partir du radical du passé simple, plus précisément à partir de la 3e personne du singulier du passé simple, auquel on ajoute une série de terminaisons caractéristiques. C'est pourquoi savoir reconnaître le passé simple constitue un préalable utile.

Formule : radical de la 3e personne du singulier du passé simple + terminaisons du subjonctif imparfait

Les terminaisons sont : -sse, -sses, -̂t, -ssions, -ssiez, -ssent
Remarquez l'accent circonflexe à la 3e personne du singulier (il / elle / on) : c'est un indice distinctif essentiel.

Verbes en -er : parler (passé simple : il parla → radical : parl-a-)

PersonneSubjonctif imparfait
que jeparlasse
que tuparlasses
qu'il / qu'elleparlât
que nousparlassions
que vousparlassiez
qu'ils / qu'ellesparlassent

Verbes en -ir : finir (passé simple : il finit → radical : fini-)

PersonneSubjonctif imparfait
que jefinisse
que tufinisses
qu'il / qu'ellefinît
que nousfinissions
que vousfinissiez
qu'ils / qu'ellesfinissent
Attention : finisse ressemble au subjonctif présent : pour les verbes en -ir, les formes du subjonctif imparfait sont presque identiques à celles du subjonctif présent (que je finisse, que tu finisses...). Le principal indice distinctif est l'accent circonflexe à la 3e personne du singulier : qu'il finît (subjonctif imparfait) contre qu'il finisse (subjonctif présent). Le contexte, notamment la présence d'un verbe principal au passé dans un texte littéraire, constitue donc un indice essentiel.

Verbes en -re : prendre (passé simple : il prit → radical : pri-)

PersonneSubjonctif imparfait
que jeprisse
que tuprisses
qu'il / qu'elleprît
que nousprissions
que vousprissiez
qu'ils / qu'ellesprissent

Principaux verbes irréguliers

VerbePassé simple (3e pers. sing.)Subjonctif imparfait (3e pers. sing.)Autre forme (1re pers. sing.)
êtrefutfûtfusse
avoireuteûteusse
fairefitfîtfisse
allerallaallâtallasse
voirvitvîtvisse
venirvintvîntvinsse
savoirsutsûtsusse
pouvoirputpûtpusse
vouloirvoulutvoulûtvoulusse
direditdîtdisse

4. Le plus-que-parfait du subjonctif

Le plus-que-parfait du subjonctif (subjonctif plus-que-parfait) est la forme composée du subjonctif imparfait. Il se construit avec le subjonctif imparfait de l'auxiliaire (avoir ou être) + participe passé. Dans la concordance classique stricte, il remplaçait le subjonctif passé après un verbe principal au passé.

Formule : subjonctif imparfait de avoir / être + participe passé

qu'il eût fait (plus-que-parfait du subjonctif de faire)
qu'elle fût venue (plus-que-parfait du subjonctif de venir)
Équivalent moderne : Il était content qu'elle soit venue. (subjonctif passé)
Français soutenu / littéraire : Il était content qu'elle fût venue. (plus-que-parfait du subjonctif)

Français moderne : Je doutais qu'il ait compris.
Français soutenu : Je doutais qu'il eût compris.

5. Le plus-que-parfait du subjonctif à valeur de conditionnel passé

Il existe un emploi littéraire particulièrement important du plus-que-parfait du subjonctif : dans le français classique et très soutenu, il peut remplacer le conditionnel passé dans la proposition principale ou dans la conséquence d'une phrase hypothétique. Cet emploi est strictement réservé aux registres littéraires et très soutenus.

Français standard (conditionnel passé)

Si tu l'avais su, tu aurais agi différemment.

Français littéraire / soutenu (plus-que-parfait du subjonctif)

Si tu l'avais su, tu eusses agi différemment.
Sans cette rencontre, il n'eût jamais compris la vérité.

Elle eût préféré se taire.
Indice de lecture : lorsque vous rencontrez un plus-que-parfait du subjonctif (eût, fût, eussent...) en dehors d'une proposition introduite par que ou sans élément déclencheur du subjonctif, il fonctionne presque certainement comme un équivalent littéraire du conditionnel passé. Cet emploi est particulièrement fréquent dans les romans du XIXe siècle (Balzac, Flaubert, Zola, Hugo) et dans le théâtre classique (Corneille, Racine, Molière).

6. Exemples de lecture inspirés de textes littéraires

Les exemples suivants sont construits dans le style de la prose française du XIXe siècle afin d'illustrer les formes telles qu'elles peuvent apparaître en contexte.

Après un verbe principal au passé (concordance stricte) :
Il exigeait qu'elle restât silencieuse.
(Français moderne : qu'elle reste)

Elle craignait que son fils ne tombât malade.
(Français moderne : qu'il tombe)

Le ministre ordonna qu'on procédât immédiatement.
(Français moderne : qu'on procède)
Plus-que-parfait du subjonctif à valeur de conditionnel passé :
Il eût voulu partir, mais les circonstances l'en empêchaient.

Jamais elle n'eût cru que cela fût possible.

7. Reconnaître les formes : guide pratique

Lorsque vous lisez un texte littéraire français et rencontrez une forme inhabituelle, les indices suivants permettent de repérer un subjonctif imparfait ou un plus-que-parfait du subjonctif :

Forme observéeInterprétation probableIndice
parlât, allât, donnâtSubjonctif imparfait d'un verbe en -er (3e pers. sing.)Accent circonflexe + terminaison en -ât
finît, partît, sortîtSubjonctif imparfait d'un verbe en -ir (3e pers. sing.)Accent circonflexe + terminaison en -ît
prît, dît, fît, vîtSubjonctif imparfait d'un verbe irrégulier (3e pers. sing.)Accent circonflexe sur une forme brève
fût, eûtSubjonctif imparfait de être / avoirL'accent circonflexe les distingue de fut, eut au passé simple
parlasse, parlassesSubjonctif imparfait d'un verbe en -er (1re/2e pers. sing.)Double -ss- après la voyelle du radical
eût fait, fût venuPlus-que-parfait du subjonctifeût / fût + participe passé
eût fait (sans que ni déclencheur)Équivalent littéraire du conditionnel passéEn dehors d'un contexte exigeant le subjonctif
L'accent circonflexe est l'indice essentiel :
il fut (passé simple de être) / il fût (subjonctif imparfait de être)
il eut (passé simple de avoir) / il eût (subjonctif imparfait de avoir)
il fit (passé simple de faire) / il fît (subjonctif imparfait de faire)
Dans les éditions soignées de textes littéraires, cette distinction graphique est toujours conservée.

8. Survivances en français moderne

Quelques formes du subjonctif imparfait subsistent dans des expressions figées ou des tournures encore employées en français moderne, parfois sans que les locuteurs aient conscience de leur origine grammaticale.

ExpressionAnalyseÉquivalent moderne / sens
Dieu soit louéSubjonctif présent (et non imparfait) (souvent confondu)Expression de soulagement ou de gratitude
à Dieu ne plaiseSubjonctif présent de plairePourvu que cela n'arrive pas
fût-ceSubjonctif imparfait de être (valeur concessive)même si c'était / ne serait-ce que
ne fût-ce queSubjonctif imparfait (valeur concessive)ne serait-ce que
eût-il suPlus-que-parfait du subjonctif (inversion à valeur conditionnelle)s'il avait su...
quand bien même il eût vouluPlus-que-parfait du subjonctifmême s'il avait voulu
fût-ce et ne fût-ce que sont les survivances modernes les plus fréquentes. Elles apparaissent encore dans la presse contemporaine, les essais soutenus et les écrits universitaires. Leur reconnaissance est attendue au niveau C1.
Il faudrait une réforme profonde, fût-ce au prix de tensions sociales.

9. Synthèse par registre

RegistreEmploi du subjonctif imparfait ?Remarques
Français parlé courantJamaisSon emploi paraîtrait artificiel, pédant ou volontairement comique
Français écrit informelJamaisInadapté aux courriels, messages et écrits courants
Production standard DELF/DALFNon attenduLe subjonctif présent est correct et naturel
Écrit universitaire / administratif soutenuOccasionnellement, dans un style très élevéfût-ce, ne fût-ce que peuvent être employés
Textes littéraires (XIXe-XXe siècle)RégulièrementSa reconnaissance est nécessaire pour la compréhension écrite au niveau C1
Littérature classique / théâtreSystématiquementRacine, Corneille, Molière, Voltaire l'emploient fréquemment

Résumé du cours

  • Le subjonctif imparfait a pratiquement disparu du français parlé et de l'écrit informel. Au niveau C1, l'objectif principal est sa reconnaissance, et non sa production.
  • Dans la concordance classique stricte, il remplaçait le subjonctif présent après un verbe principal au passé ou au conditionnel.
  • Formation : radical de la 3e personne du singulier du passé simple + terminaisons -sse, -sses, -̂t, -ssions, -ssiez, -ssent. L'accent circonflexe à la 3e personne du singulier constitue le marqueur le plus visible.
  • Principales formes irrégulières : fût (être), eût (avoir), fît (faire), vît (voir), vînt (venir), pût (pouvoir).
  • Le plus-que-parfait du subjonctif = subjonctif imparfait de avoir/être + participe passé. Dans la concordance classique, il remplaçait le subjonctif passé après un verbe principal au passé.
  • Le plus-que-parfait du subjonctif peut aussi fonctionner comme un équivalent littéraire du conditionnel passé : il eût voulu équivaut à il aurait voulu.
  • Indice de lecture essentiel : l'accent circonflexe distingue le subjonctif imparfait du passé simple (il fût / il fut).
  • Survivances modernes : fût-ce, ne fût-ce que apparaissent encore dans l'écrit soutenu et journalistique contemporain.
  • Pour les verbes en -ir, le subjonctif imparfait ressemble fortement au subjonctif présent ; la 3e personne du singulier reste toutefois distincte : qu'il finît / qu'il finisse.

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