Grammaire / B2 : Intermédiaire + / Les propositions infinitives
Les propositions infinitives
Je l'entends chanter, je le vois partir : construction et emploi.
1. Qu'est-ce qu'une proposition infinitive ?
Une proposition infinitive est une proposition subordonnée dans laquelle le verbe est à l'infinitif et possède son propre sujet implicite, distinct du sujet de la proposition principale. Elle remplit la fonction de complément d'objet du verbe principal.
En français, on rencontre par exemple des constructions comme Je l'entends chanter, Je la vois partir ou Je sens le sol trembler. La structure est la suivante :
J'entends les enfants jouer dans le jardin.
Le complément (les enfants) est à la fois complément du verbe principal (entendre) et sujet implicite de l'infinitif (jouer). Ce double rôle constitue la caractéristique essentielle de la proposition infinitive.
2. Les verbes qui permettent cette construction
Tous les verbes ne peuvent pas introduire une proposition infinitive. Seuls les verbes de perception et certains verbes exprimant la causation peuvent être suivis directement de cette structure, sans de ni à.
Les verbes de perception (le groupe principal)
| Verbe | Exemple | Sens |
|---|---|---|
| entendre | Je l'entends chanter. | Percevoir quelqu'un qui chante. |
| écouter | Je l'écoute parler. | Écouter quelqu'un qui parle. |
| voir | Je le vois partir. | Voir quelqu'un partir. |
| regarder | Je la regarde danser. | Regarder quelqu'un danser. |
| sentir | Je sens le vent souffler. | Percevoir le vent qui souffle. |
Les verbes exprimant la causation
| Verbe | Exemple | Sens |
|---|---|---|
| faire | Je le fais travailler. | Je provoque ou impose son travail. |
| laisser | Je le laisse partir. | Je lui permets de partir. |
| envoyer | Je l'envoie chercher le courrier. | Je lui demande d'aller chercher le courrier. |
| mener / emmener | Je l'emmène voir le médecin. | Je l'accompagne chez le médecin. |
Faire indique que le sujet provoque ou impose l'action. Le sujet de faire n'accomplit pas lui-même l'action exprimée par l'infinitif : quelqu'un d'autre l'accomplit.
Laisser indique que le sujet permet l'action ou la laisse se produire sans intervenir.
Je fais réparer la voiture. (quelqu'un d'autre la répare.)
Je laisse partir les enfants. (je leur permets de partir.)
3. Place du complément : nom ou pronom
La place du complément dépend de sa nature : nom ou pronom : et du type de verbe principal, notamment selon qu'il s'agit de faire ou d'un verbe de perception.
Avec un complément nominal
Le complément nominal se place généralement après l'infinitif, surtout avec faire. Avec les verbes de perception, il peut se placer avant ou après l'infinitif.
Les deux ordres sont possibles avec les verbes de perception.
Je fais travailler les employés.
Avec faire, le complément nominal suit l'infinitif.
Avec un pronom complément
Lorsque le complément est un pronom, il se place toujours avant le verbe principal, et non avant l'infinitif, conformément aux règles habituelles de placement des pronoms.
Je le vois partir.
Je la laisse parler.
Je les fais travailler.
4. faire + infinitif : la construction causative en détail
La construction causative avec faire mérite une section particulière, car elle obéit à des règles spécifiques de placement des compléments lorsqu'il y en a deux.
Un seul complément
Lorsqu'il n'y a qu'un seul complément : la personne ou la chose concernée par l'action : celui-ci est le complément d'objet direct de l'ensemble de la construction.
Je le fais venir. ; le pronom précède faire
Deux compléments : l'agent et la chose
Lorsque l'agent (la personne qui accomplit l'action) et la chose sur laquelle porte l'action sont tous deux exprimés, l'agent devient un complément indirect introduit par à ou par. Cette construction permet d'éviter toute ambiguïté.
ce texte = COD ; aux étudiants = COI
Je fais réparer la voiture par un mécanicien.
la voiture = COD ; par un mécanicien = complément d'agent
Je la lui fais lire.
Les deux pronoms compléments précèdent faire.
faire + infinitif : le participe passé reste toujours invariable
Comme indiqué dans le cours précédent, fait ne s'accorde jamais avec un complément placé avant le verbe dans cette construction.
Je les ai fait entrer. (fait reste invariable)
5. Verbes de perception : accord du participe passé
Contrairement à faire, les verbes de perception (voir, entendre, écouter, regarder, sentir) peuvent permettre l'accord du participe passé avec un complément placé avant le verbe, mais à une condition précise : ce complément doit être le sujet de l'infinitif.
Le complément antéposé est sujet de l'infinitif → accord
Les enfants que j'ai vus jouer.Ce sont les enfants qui jouent : ils sont donc sujets de jouer → accord.
La chanteuse que j'ai entendue chanter.
C'est elle qui chante → accord.
Le complément antéposé est objet de l'infinitif → pas d'accord
La chanson que j'ai entendu chanter.Ce n'est pas la chanson qui chante : elle est objet de chanter → pas d'accord.
La pièce que j'ai vu jouer.
Ce n'est pas la pièce qui joue → pas d'accord.
« Les enfants jouent » → oui → accord. « La chanson chante » → non → pas d'accord.
6. laisser + infinitif
Laisser suit la même logique d'accord que les verbes de perception : accord si le complément antéposé est sujet de l'infinitif, mais dans la pratique, de nombreux locuteurs le traitent comme faire et le laissent invariable. Les deux possibilités sont acceptées au niveau B2.
Les deux formes sont acceptées.
Elle s'est laissé convaincre. : l'invariabilité est privilégiée dans la construction pronominale.
7. La proposition infinitive et la proposition en que
La proposition infinitive peut entrer en concurrence avec une proposition subordonnée introduite par que suivie de l'indicatif dans des contextes proches. Savoir quand privilégier l'une ou l'autre constitue une compétence utile à l'écrit au niveau B2.
| Construction | Registre / valeur | Exemple |
|---|---|---|
| Proposition infinitive (verbe de perception) | Standard, tous registres | Je l'entends chanter. |
| que + indicatif (verbe de perception) | Plus insistant, fréquent à l'oral | J'entends qu'il chante. |
| Proposition infinitive (causative) | Standard, à l'écrit comme à l'oral | Je le fais travailler. |
| que + subjonctif (volonté / nécessité) | Sens différent : il ne s'agit pas d'une construction causative | Je veux qu'il travaille. |
Je veux qu'il travaille exprime un souhait : il travaillera peut-être, ou peut-être pas.
Je le fais travailler exprime une causation : j'agis pour que le travail ait effectivement lieu.
Ces deux constructions ne sont pas interchangeables. Avec faire + infinitif, l'action est toujours présentée comme provoquée par le sujet.
8. La négation dans la proposition infinitive
Dans une proposition infinitive, la négation porte généralement sur le verbe principal, et non sur l'infinitif, sauf lorsque le sens exige précisément de nier l'action exprimée par l'infinitif.
La négation porte sur le verbe principal : je ne perçois pas l'action.
Je le vois ne pas répondre.
La négation porte sur l'infinitif : je constate qu'il ne répond pas. Cette construction est plus rare et plus formelle.
9. Erreurs fréquentes
| Erreur | Forme incorrecte | Forme correcte |
|---|---|---|
| Ajouter à ou de avant l'infinitif avec un verbe de perception | Je l'entends à chanter. | Je l'entends chanter. |
| Placer le pronom après le verbe principal | J'entends chanter les. | Je les entends chanter. |
| Accorder fait dans la construction causative | Je les ai faits partir. | Je les ai fait partir. |
| Ne pas faire l'accord avec un verbe de perception lorsque le complément est sujet de l'infinitif | La chanteuse que j'ai entendu chanter. | La chanteuse que j'ai entendue chanter. |
| Confondre faire + infinitif avec vouloir que + subjonctif | Je fais qu'il travaille. | Je le fais travailler. |
| Employer deux compléments directs avec faire, ce qui crée une ambiguïté | Je fais lire les étudiants ce texte. | Je fais lire ce texte aux étudiants. |
Résumé du cours
- Une proposition infinitive est une proposition subordonnée dans laquelle l'infinitif possède son propre sujet implicite, distinct du sujet de la proposition principale.
- Elle est introduite par des verbes de perception (voir, entendre, écouter, regarder, sentir) et des verbes exprimant la causation (faire, laisser, envoyer, emmener).
- Aucune préposition (à ou de) ne s'intercale entre le verbe principal et l'infinitif dans cette construction.
- Avec les verbes de perception, les compléments nominaux peuvent précéder ou suivre l'infinitif ; avec faire, le nom suit généralement l'infinitif.
- Les pronoms compléments se placent toujours avant le verbe principal.
- Avec faire et deux compléments (agent + chose), l'agent est introduit par à ou par.
- Participe passé de faire : toujours invariable dans la construction causative.
- Participe passé des verbes de perception : accord avec le complément antéposé uniquement si celui-ci est sujet de l'infinitif ; pas d'accord s'il est objet de l'infinitif.
- Laisser : l'accord est facultatif dans la plupart des constructions ; l'invariabilité est privilégiée à la forme pronominale (se laisser).
- Je le fais travailler (causation : l'action se produit) ≠ Je veux qu'il travaille (souhait : l'action peut ou non se produire.)