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Les figures de style courantes

métaphore, comparaison, hyperbole, litote, euphémisme...

1. Pourquoi les figures de style comptent au niveau B2

Les figures de style ne sont pas réservées à la poésie ni à la littérature. Elles traversent le français de tous les jours : la presse, le discours politique, la publicité, la conversation. Au niveau B2, on attend de vous que vous les repériez en compréhension écrite et orale, que vous compreniez leur effet, et que vous employiez les plus simples dans vos propres productions pour gagner en variété et en force.

Une figure de style fonctionne en creusant un écart entre le sens littéral des mots et le sens visé. Reconnaître cet écart, et comprendre pourquoi celui qui écrit a choisi de le créer, voilà la compétence que cette leçon développe.

2. Les figures d'analogie : la comparaison et la métaphore

Ces deux figures établissent toutes deux un rapport de ressemblance entre deux réalités. Ce qui les sépare est une question de structure.

La comparaison

Un rapprochement explicite, marqué par un outil : comme, tel que, pareil à, ressembler à, sembler, avoir l'air de...
Les deux termes sont énoncés, et le lien entre eux est visible.

Il travaille comme un acharné.

Sa voix était douce comme du miel.

La métaphore

Un rapprochement implicite, sans outil. Une réalité est donnée directement pour une autre, ou décrite avec les mots d'un autre domaine.
Le rapprochement est à reconstituer par le lecteur.

Il est un lion au combat.

La vie est un long fleuve tranquille.

La structure de la comparaison

Une comparaison complète compte trois éléments : le comparé (ce que l'on compare), le comparant (ce à quoi on le compare) et l'outil de comparaison (le mot de liaison).

Ses yeux [comparé] brillaient comme [outil] des étoiles [comparant].

Il est tel un chef d'orchestre qui dirige ses musiciens.
(tel appartient à un registre plus soutenu que comme, et s'accorde avec le comparant.)

La métaphore filée

Une métaphore prolongée sur plusieurs phrases ou sur un paragraphe entier, qui développe la même image d'un bout à l'autre. Très fréquente à l'écrit littéraire comme journalistique.

La politique est un théâtre. Les dirigeants y jouent des rôles, récitent leurs répliques et quittent la scène quand le rideau tombe. Le public, lui, applaudit ou siffle.
(Une seule image, le théâtre, tient les trois phrases : c'est ce qui fait la métaphore filée.)

3. Hyperbole et litote : l'excès et l'atténuation

Ces deux figures jouent aux deux bouts de l'échelle du degré : l'une exagère à dessein, l'autre atténue tout aussi délibérément.

L'hyperbole

Une exagération si forte qu'elle ne peut pas être prise au pied de la lettre, employée pour intensifier une émotion, une impression ou un argument. L'hyperbole est très courante à l'oral ordinaire comme dans l'écrit qui cherche à convaincre.

Je meurs de faim ! (oral courant, pour dire qu'on a très faim)
Il y avait un million de personnes dans la rue. (quantité impossible, employée pour l'effet)
Je te l'ai dit mille fois. (reproche, oral courant)
C'est la catastrophe. (pour une contrariété mineure, souvent avec une pointe d'autodérision)
Elle est magnifique à pleurer. (admiration, registre expressif)
L'hyperbole dans l'argumentation : dans un texte formel, une hyperbole mesurée et assumée sert à signaler la gravité d'un enjeu : des conséquences désastreuses, un défi colossal, une crise sans précédent. Employée avec parcimonie, elle renforce la position défendue. Répétée, elle la décrédibilise.

La litote

L'inverse de l'hyperbole : dire moins pour faire entendre plus, le plus souvent par la négation. L'effet recherché est de suggérer davantage que ce qui est énoncé.

Ce n'est pas mal. (comprendre : c'est plutôt réussi)
Il n'est pas des plus sympathiques. (comprendre : il est franchement désagréable)
Cela ne me déplaît pas. (comprendre : cela me plaît beaucoup)
On n'est pas tout à fait d'accord. (comprendre : le désaccord est complet)
Litote et simple atténuation : la litote passe toujours par la négation, une forme négative qui porte un sens positif, ou une négation faible qui tient lieu d'une négation beaucoup plus forte. L'effet est une distance ironique : celui qui parle montre qu'il sait de quoi il retourne, tout en refusant de le dire franchement.

Hyperbole : l'excès

Dit PLUS que le vrai pour intensifier.

Je suis épuisé à mourir.

Effet : dramatisation, insistance, amplification de l'émotion.

Litote : l'atténuation

Dit MOINS que le vrai pour faire entendre plus.

Je ne suis pas au mieux de ma forme.

Effet : ironie, modestie, adoucissement social.

4. L'euphémisme : adoucir le réel

L'euphémisme remplace un mot ou une expression qui pourrait blesser, choquer ou gêner par un tour plus doux ou plus indirect. Les euphémismes sont partout dans la langue sociale, professionnelle et politique.

Expression directeEuphémismeEmploi
mourirs'éteindre, disparaître, nous quitter, passer l'arme à gaucheSocial et affectif. Les trois premiers sont soutenus ou neutres ; passer l'arme à gauche est familier et plaisant, à réserver à l'oral entre proches.
licencierse séparer de, restructurer les effectifs, optimiser les ressources humainesProfessionnel et gestionnaire. Registre soutenu, souvent employé pour éviter de nommer la chose : à lire avec méfiance.
vieux, vieillesenior, d'un certain âge, la troisième générationPrécaution sociale. Senior est administratif et courant ; d'un certain âge est neutre à l'écrit soigné.
pauvredéfavorisé, en situation de précarité, à faibles revenusSocial et politique. Registre soutenu, propre aux rapports officiels et à la presse.
prisoncentre de détention, établissement pénitentiaireAdministratif et juridique. Ce sont les termes officiels, employés sans intention d'adoucir.
guerreopération militaire, intervention armée, conflitPolitique et militaire. Registre soutenu, et euphémisme le plus lourd de conséquences : il retire au mot ce qu'il désigne.
problèmedéfi, difficulté, enjeuProfessionnel et managérial. Défi est valorisant, enjeu est neutre et convient à l'écrit argumentatif.
L'euphémisme et la lecture critique : repérer les euphémismes dans un texte de presse ou un discours politique est une compétence attendue en compréhension écrite au DELF B2. Quand un texte écrit restructuration des effectifs, le lecteur averti lit licenciements. L'euphémisme politique sert souvent à voiler une réalité inconfortable.

5. Personnification et allégorie

La personnification

Elle attribue des traits humains, des actions, des sentiments ou des intentions à ce qui n'est pas humain : objets, animaux, notions abstraites, phénomènes naturels.

Le vent gémissait dans les arbres. (un verbe de plainte humaine appliqué au vent)
La ville ne dormait jamais. (le sommeil prêté à une ville)
L'espoir renaît à chaque printemps. (une notion abstraite qui naît et renaît)
La crise frappe les plus vulnérables. (très courant dans la presse : la crise devient un agresseur)

L'allégorie

Une personnification prolongée, où une idée abstraite est représentée d'un bout à l'autre d'un texte par un personnage, un objet ou un récit concret. L'allégorie est à la personnification ce que la métaphore filée est à la métaphore.

La Justice est représentée par une femme aux yeux bandés tenant une balance.

Dans ce roman, le voyage en bateau est une allégorie de la vie humaine.

6. Ironie et antiphrase

L'ironie

Dire le contraire de ce que l'on pense, de sorte que le sens véritable se déduise du contexte, du ton ou de ce que l'on sait déjà. L'ironie est l'une des figures les plus délicates à manier dans une langue étrangère, parce qu'elle repose sur un accord culturel implicite.

Quelle brillante idée ! (comprendre : quelle mauvaise idée)
Eh bien, bravo ! (adressé à quelqu'un qui vient d'échouer)
C'est vraiment merveilleux comme organisation. (dit d'une situation chaotique)

L'antiphrase

Une forme particulière d'ironie, où un mot ou une expression est employé exactement à l'inverse de son sens ordinaire, le contexte ou le ton signalant le renversement.

Mon cher ami... (adressé à quelqu'un que l'on n'apprécie pas)
Ce génie a encore tout raté. (le mot dit le contraire de ce qu'il désigne)

7. Anaphore et gradation : le rythme et l'insistance

L'anaphore

La reprise du même mot ou du même groupe de mots en tête de propositions ou de phrases successives. L'anaphore crée un rythme, appuie le propos et lui donne de la force. C'est un outil fondamental du discours politique et de l'écrit qui cherche à convaincre.

Il faut agir. Il faut décider. Il faut avancer.

Non à l'injustice. Non à l'indifférence. Non à la résignation.

La gradation

Une suite de termes rangés par intensité croissante ou décroissante, dont l'accumulation fait l'effet. Croissante, elle monte vers un sommet ; décroissante, elle ménage une chute volontaire.

Gradation croissante :
Il était inquiet, puis anxieux, puis terrorisé.

Gradation décroissante :
Elle avait tout sacrifié : sa carrière, son confort, son café du matin.
(La chute sur un détail dérisoire produit un effet ironique.)

8. Tableau récapitulatif des figures

FigureDéfinitionMarque à repérerEffet
ComparaisonRapprochement explicite entre deux réalitéscomme, tel que, pareil àIllustration, clarification
MétaphoreRapprochement implicite : une réalité donnée pour une autreAucun outil de comparaisonImage condensée, force du trait
Métaphore filéeMétaphore prolongée sur plusieurs phrasesUne même image tenueCohérence, profondeur rhétorique
HyperboleExagération volontaire pour insisterTermes extrêmes, quantités impossiblesDramatisation, intensité
LitoteAtténuation par la négationForme négative à sens positifDistance ironique, adoucissement social
EuphémismeSubstitut adouci d'un mot difficile ou tabouVocabulaire indirect, abstrait, soutenuAdoucissement, évitement, distance politique
PersonnificationTraits humains prêtés à ce qui ne l'est pasVerbes ou sentiments humains appliqués à des chosesAnimation, adhésion affective
AllégorieIdée abstraite incarnée dans une figure concrètePersonnification tenue sur tout un texteProfondeur, valeur symbolique
IronieDire le contraire de ce que l'on penseRenversement par le contexte ou le tonCritique, moquerie, distance
AntiphraseUn mot employé à l'inverse de son sens ordinaireInversion signalée par le contexteSarcasme, effet ironique
AnaphoreReprise des mêmes mots en tête de propositions successivesMême formule d'attaque répétéeRythme, insistance, force oratoire
GradationSuite de termes d'intensité croissante ou décroissanteProgression ordonnéeMontée, sommet ou chute

9. Reconnaître les figures en contexte : un exemple commenté

La mondialisation est un rouleau compresseur [métaphore] qui écrase tout sur son passage comme une vague géante [comparaison]. Elle ne laisse pas indifférent [litote] : certains la voient comme une chance, d'innombrables autres [quantité amplifiée, hyperbole] y voient une menace existentielle. Les États courent, s'adaptent, résistent [gradation]. Mais la vague, elle, avance.

En compréhension écrite, repérer ces figures et expliquer leur effet sur le lecteur est une compétence attendue au niveau B2. En production, en placer deux ou trois consciemment dans un paragraphe élève à la fois la tenue du style et la force de l'argumentation.

10. Au DELF B2

  • Compréhension écrite : on peut vous demander d'identifier une figure de style et d'expliquer son effet. Nommez-la, citez les mots concernés, et dites ce qu'elle apporte au texte.
  • Production écrite : employer une ou deux figures à dessein (une comparaison pour illustrer, une anaphore pour structurer, une litote pour nuancer) témoigne d'une maîtrise du style.
  • Production orale : l'ironie, l'hyperbole et la comparaison sont naturelles à l'oral français. Les employer à propos montre que vous maîtrisez les registres.
  • Ce qu'il faut éviter : ne forcez pas une figure là où elle sonne faux. Une métaphore bien placée vaut mieux que cinq maladroites.

Récapitulatif de la leçon

  • Comparaison : rapprochement explicite avec comme, tel que ; trois éléments, le comparé, le comparant et l'outil de comparaison.
  • Métaphore : rapprochement implicite, sans outil ; la métaphore filée la prolonge sur plusieurs phrases.
  • Hyperbole : exagération volontaire pour intensifier ; très courante à l'oral et dans l'écrit qui cherche à convaincre.
  • Litote : atténuation par la négation ; dit moins pour faire entendre plus, et installe une distance ironique.
  • Euphémisme : substitut adouci d'un mot tabou ou difficile ; omniprésent dans la langue sociale, professionnelle et politique.
  • Personnification : traits humains prêtés à ce qui ne l'est pas ; l'allégorie la tient sur tout un texte.
  • Ironie et antiphrase : dire le contraire de ce que l'on pense ; le sens ne se reconstitue que par le contexte et le savoir partagé.
  • Anaphore : reprise des mêmes mots en tête de propositions successives ; effet de rythme et de force oratoire.
  • Gradation : suite croissante ou décroissante ; croissante elle monte vers un sommet, décroissante elle ménage une chute.
  • Au DELF B2 : repérer les figures et expliquer leur effet en compréhension, en placer consciemment quelques-unes (comparaison, anaphore, litote, métaphore) en production écrite.

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