Grammaire / C2 : Maîtrise / Les temps littéraires

C2Maîtrise

Les temps littéraires

Passé antérieur, subjonctif imparfait et plus-que-parfait à l'écrit.

1. Le système des temps littéraires

Le français possède un ensemble de temps réservés aux registres écrits : principalement la prose littéraire, les écrits historiques formels, le théâtre classique et le journalisme soutenu. Ils ne s’emploient jamais à l’oral et deviennent de plus en plus rares même dans l’écrit moderne. Ils restent toutefois bien présents dans le patrimoine littéraire et intellectuel, apparaissent régulièrement dans les textes d’examen au niveau C2 et, point essentiel, certaines de leurs formes relèvent encore de la production écrite active dans des contextes formels.

Les trois temps littéraires étudiés dans ce cours :

1. Passé antérieur : l’antérieur du passé simple : il exprime une action accomplie immédiatement avant une autre action passée. Formation : auxiliaire au passé simple + participe passé.

2. Subjonctif imparfait : forme du subjonctif employée dans la prose littéraire lorsque la proposition principale est à un temps du passé. Formation : radical du passé simple + terminaisons caractéristiques.

3. Subjonctif plus-que-parfait : forme composée du subjonctif imparfait. Trois emplois distincts : concordance des temps dans la prose littéraire, expression du regret et des souhaits non réalisés et (fonction la plus importante) remplacement du conditionnel passé dans un registre écrit soutenu.

2. Le passé antérieur

Formation

Le passé antérieur se forme avec le passé simple de l’auxiliaire (avoir ou être) + participe passé. Sa structure est identique à celle du plus-que-parfait, mais l’auxiliaire est au passé simple au lieu de l’imparfait.

VerbePassé antérieurComparaison : plus-que-parfait
finiril eut finiil avait fini
partiril fut partiil était parti
se leveril se fut levéil s'était levé
prendreils eurent prisils avaient pris
venirelle fut venueelle était venue

Quand et pourquoi employer le passé antérieur

Le passé antérieur exprime une action immédiatement antérieure à une autre action au passé simple. Il apparaît presque exclusivement dans des propositions subordonnées temporelles introduites par des conjonctions marquant l’antériorité immédiate : quand, lorsque, dès que, aussitôt que, après que, une fois queporte toujours un accent circonflexe.

La règle systématique : Dans la prose littéraire, lorsque la proposition principale est au passé simple et que la subordonnée exprime une action immédiatement antérieure, celle-ci se met au passé antérieurporte toujours un accent circonflexe.

Passé antérieur (subordonnée) → passé simple (principale)
« Dès que / lorsque [action accomplie] → [action suivante] »
Dès qu'il eut terminé son discours, les applaudissements éclatèrentporte toujours un accent circonflexe.
(Dès qu’il eut terminé son discours, les applaudissements éclatèrent.)

Lorsqu'elle fut partie, le silence retomba sur la maison.
(Lorsqu’elle fut partie, le silence retomba sur la maison.)

Aussitôt qu'ils eurent signé, l'accord entra en vigueur.
(Aussitôt qu’ils eurent signé, l’accord entra en vigueur.)

Une fois qu'il se fut assuré que personne ne l'observait, il ouvrit le tiroir.
(Une fois qu’il se fut assuré que personne ne l’observait, il ouvrit le tiroir.)

Passé antérieur ou plus-que-parfait : distinction essentielle

CaractéristiquePassé antérieurPlus-que-parfait
RegistreUniquement dans l’écrit littéraireTous les registres, à l’oral comme à l’écrit
ContexteAprès une conjonction temporelle (dès que, quand) lorsque la principale est au passé simpleTout contexte d’antériorité dans le passé
Relation avec le temps de la principaleProposition principale toujours au passé simpleProposition principale à n’importe quel temps du passé
Nuance temporelleSouligne l’immédiateté de l’enchaînementAntériorité simple, sans idée d’immédiateté
Équivalent moderneRemplacé par le plus-que-parfait dans l’écrit courant ou standardEmployé librement dans tous les styles
Stratégie de lecture : Lorsque vous rencontrez un passé antérieur dans un texte, sa présence signale deux éléments à la fois : la proposition principale est au passé simple, ce qui indique un registre littéraire, et l’action de la subordonnée est accomplie immédiatement avant l’action principale. Le passé antérieur ne peut pas être remplacé par le plus-que-parfait sans perte de registre : le passage de eut fini à avait fini transforme une prose littéraire en prose standard.

3. Le subjonctif imparfait

Formation

Le subjonctif imparfait se forme à partir du radical du passé simple (le radical de la 3e personne du singulier au passé simple) + les terminaisons caractéristiques. À la 3e personne du singulier, la voyelle finale précédant le -tporte toujours un accent circonflexe.

Passé simple (3e pers. sing.)Radical du subj. imp.Formes (3e pers. sing. / 3e pers. plur.)
il parlaparl-qu'il parlât / qu'ils parlassent
il finitfini-qu'il finît / qu'ils finissent
il pritpri-qu'il prît / qu'ils prissent
il futfu-qu'il fût / qu'ils fussent
il eutu-qu'il eût / qu'ils eussent
il vintvin-qu'il vînt / qu'ils vinssent
il fitfi-qu'il fît / qu'ils fissent
L’accent circonflexe comme indice de reconnaissance : L’accent circonflexe à la 3e personne du singulier (qu'il parlât, qu'il fût, qu'il eût) constitue l’un des indices les plus fiables du subjonctif imparfait à la lecture. Lorsqu’un verbe de proposition subordonnée porte un accent circonflexe sur sa voyelle finale, il s’agit très probablement d’un subjonctif imparfait.

Quand employer le subjonctif imparfait : la règle de concordance

Dans le français classique et littéraire, le temps du subjonctif dans la proposition subordonnée dépend du temps du verbe de la proposition principale selon la concordance des temps:

Temps de la proposition principaleSubjonctif employéExample
Présent ou futur (tous registres)Subjonctif présentJe veux qu'il parteporte toujours un accent circonflexe.
Temps du passé (registre littéraire)Subjonctif imparfaitIl voulait qu'il partîtporte toujours un accent circonflexe.
Temps du passé (français moderne standard)Subjonctif présent employé à la placeIl voulait qu'il parteporte toujours un accent circonflexe.
Il craignait que la nouvelle ne se répandît trop vite.
(Il craignait que la nouvelle ne se répandît trop vite.) [littéraire]
Équivalent moderne : Il craignait que la nouvelle ne se répande trop vite.

Elle souhaitait qu'il fût présent à la cérémonie.
(Elle souhaitait qu’il fût présent à la cérémonie.) [littéraire]
Équivalent moderne : Elle souhaitait qu'il soit présent.

Le roi ordonna qu'on lui amenât le prisonnier.
(Le roi ordonna qu’on lui amenât le prisonnier.) [historique / littéraire]

Il fallait que chacun contribuât à l'effort commun.
(Il fallait que chacun contribuât à l’effort commun.) [littéraire formel]

Le subjonctif imparfait en production active au niveau C2 : formes encore vivantes

Si l’ensemble du paradigme du subjonctif imparfait relève surtout de la compréhension écrite, un petit nombre de constructions figées ou semi-figées appartient encore à la production écrite formelle au niveau C2. Ces tournures ne sont pas de simples affectations archaïques : elles apparaissent dans le journalisme de qualité, les dissertations formelles et la critique littéraire.

Formes à employer activement (subjonctif imparfait :)

ne fût-ce que (ne serait-ce que / au moins)
Acceptons ce compromis, ne fût-ce que pour avancer.
(Acceptons ce compromis, ne fût-ce que pour avancer.)

fût-ce au prix de (même au prix de)
Il défendrait cette position, fût-ce au prix de sa carrière.
(Il défendrait cette position, fût-ce au prix de sa carrière.)

si + adj. + que + fût/fussent (aussi + adjectif + que + sujet + fût/fussent)
Si remarquable que fût cette œuvre, elle ne saurait résoudre la question.
(Si remarquable que fût cette œuvre, elle ne saurait résoudre la question.)

qu'il fût / qu'elle fût dans des constructions concessives et hypothétiques formelles
Quelle que fût la décision prise, ses conséquences seraient durables.
(Quelle que fût la décision prise, ses conséquences seraient durables.)

4. Le subjonctif plus-que-parfait

Formation

Le subjonctif plus-que-parfait est la forme composée du subjonctif imparfait : auxiliaire (avoir ou être) au subjonctif imparfait + participe passé.

VerbeSubjonctif plus-que-parfaitÉquivalent moderne
partirqu'il fût partiqu’il soit parti / qu’il ait pu partir
finirqu'il eût finiqu’il ait fini / qu’il ait pu finir
prendrequ'il eût prisqu’il ait pris / qu’il ait pu prendre
êtrequ'il eût étéqu’il ait été / qu’il ait pu être
venirqu'il fût venuqu’il soit venu / qu’il ait pu venir

Trois emplois du subjonctif plus-que-parfait

Emploi 1 : concordance des temps dans la prose littéraire

Lorsque la proposition principale est à un temps du passé et que la subordonnée exige un subjonctif composé pour exprimer une action antérieure au verbe principal, le français littéraire emploie le subjonctif plus-que-parfait là où le français moderne emploierait le subjonctif passé.

Il regrettait qu'elle fût partie sans lui dire adieu. [littéraire]
(Il regrettait qu’elle soit partie sans lui dire adieu.)
Français moderne : Il regrettait qu'elle soit partie...

Le ministre doutait qu'on eût pris les bonnes décisions. [littéraire]
(Le ministre doutait qu’on ait pris les bonnes décisions.)
Français moderne : Le ministre doutait qu'on ait pris...

Emploi 2 : regrets, souhaits et désirs non réalisés (littéraire)

Le subjonctif plus-que-parfait exprime un souhait ou un regret portant sur un événement qui ne s’est pas produit dans le passé. Il s’agit d’une construction littéraire formelle, proche de « si seulement [X] s’était produit ».

Plût au ciel qu'il eût agi autrement !
(Si seulement il avait agi autrement !)

Plût aux dieux qu'elle fût restée !
(Si seulement elle était restée !)

Que n'eût-il donné pour être là !
(Que n’aurait-il pas donné pour être là ! ; regret exclamatif)

Emploi 3 : remplacement du conditionnel passé (l’emploi le plus important au niveau C2)

Il s’agit de la fonction la plus importante et la plus active du subjonctif plus-que-parfait. Dans le français écrit formel et littéraire, le subjonctif plus-que-parfait de la proposition principale remplace le conditionnel passé (aurait + participe) pour exprimer ce qui se serait produit dans une situation irréelle. Le choix est purement stylistique : le sens reste identique, mais le registre est plus soutenu.

La règle de substitution :
Conditionnel passé (standard) : il aurait voulu → subjonctif plus-que-parfait (littéraire) : il eût voulu
Conditionnel passé (standard) : elle aurait agi → subjonctif plus-que-parfait (littéraire) : elle eût agi

Cette substitution n’a lieu que dans la proposition principale (la proposition de conséquence), et non dans la si qui reste au plus-que-parfait de l’indicatif.
Il eût voulu agir autrement.
= Il aurait voulu agir autrement.
(Il aurait voulu agir autrement.) (littéraire / soutenu)

Sans cet obstacle, elle eût réussiporte toujours un accent circonflexe.
= Sans cet obstacle, elle aurait réussiporte toujours un accent circonflexe.
(Sans cet obstacle, elle aurait réussi.) (littéraire)

Qui eût cru que cette rencontre changerait tout ?
= Qui aurait cru que cette rencontre changerait tout ?
(Qui aurait cru que cette rencontre changerait tout ?) (rhétorique formelle)

On n'eût pu imaginer une issue plus favorable.
= On n'aurait pu imaginer une issue plus favorable.
(On n’aurait pu imaginer une issue plus favorable.) (prose soutenue)
Le subjonctif plus-que-parfait à la place du conditionnel passé (uniquement dans la proposition principale :)

Le si proposition en si (la condition) n’emploie JAMAIS le subjonctif plus-que-parfait dans cette construction : elle conserve toujours le plus-que-parfait de l’indicatif.

✓ Si elle avait su [plus-que-parfait de l’indicatif], elle eût agi [subjonctif plus-que-parfait] autrement.
✗ Si elle eût su [subjonctif plus-que-parfait dans la proposition en si ; incorrect], elle eût agi autrement.

Même dans le français littéraire le plus soutenu, la si proposition en si conserve le plus-que-parfait de l’indicatif. Le subjonctif plus-que-parfait ne se substitue au conditionnel passé que dans la proposition de conséquence.

5. Les trois temps dans un passage littéraire suivi

Le passage annoté suivant réunit les trois temps littéraires dans le contexte où ils apparaissent naturellement ensemble : un récit soutenu ou une prose historique entièrement rédigée dans le registre littéraire.

Passage littéraire annoté :

Dès qu'il eut franchi [PA] le seuil de la demeure, un silence singulier l'accueillit [PS]. Il regarda [PS] autour de lui, cherchant quelqu'un qui pût [ImpSubj] lui expliquer ce qui s'était passé [PQP]. Personne. La gouvernante, qu'on lui eût dit [SubjPQP : concordance] être encore là une heure auparavant, avait disparu [PQP]. Il eût voulu [SubjPQP : équivalent du conditionnel passé] crier, mais sa gorge restait [IMP] sèche. Plût au ciel qu'il ne fût jamais venu [SubjPQP : regret] en ce lieu maudit.

Temps employés : PA (eut franchi), PS (accueillit, regarda), SubjImp (pût), PQP de l’indicatif (s'était passé, avait disparu), SubjPQP de concordance (eût dit), SubjPQP à valeur de conditionnel passé (eût voulu), SubjPQP de regret avec plût au ciel (ne fût jamais venu), IMP (restait).

6. Synthèse de la production active : ce qu’un apprenant C2 peut employer

Le tableau suivant précise quels éléments du système des temps littéraires relèvent uniquement de la compréhension et lesquels peuvent appartenir à la production écrite active au niveau C2.

FormeLecture / reconnaissanceProduction active C2Contextes principaux
Passé antérieur (paradigme complet)✓ EssentielLimité (uniquement dans un texte entièrement littéraire)Après dès que, lorsque, aussitôt que dans des textes au passé simple
Subjonctif imparfait (paradigme complet)✓ EssentielLimité (concordance dans certains écrits formels)Principale au passé + subordonnée au subjonctif dans une prose formelle
ne fût-ce que, fût-ce au prix de✓✓ ActifDissertations formelles, critique littéraire, journalisme soutenu
si + adj. + que + fût✓✓ ActifConstructions concessives formelles
SubjPQP (concordance des temps)✓ EssentielLimité (uniquement dans un registre pleinement littéraire)Principale au passé + subordonnée au subjonctif composé (littéraire)
SubjPQP : plût au ciel que✓✓ Actif (formule figée)Expression formelle du regret ou d’un souhait non réalisé
SubjPQP comme substitut du conditionnel passé (eût voulu)✓ Essentiel✓ ActifDissertations formelles, critique littéraire (objectif de production le plus important)
Qui eût cru / on n'eût pu✓✓ Actif (rhétorique)Questions rhétoriques formelles et constat soutenu

Résumé du cours

  • Le passé antérieur (auxiliaire au passé simple + participe passé) exprime une action immédiatement antérieure à une autre au passé simple. Il apparaît dans des subordonnées temporelles introduites par dès que, lorsque, aussitôt que, après que, une fois que. Dans l’écrit moderne standard, il est remplacé par le plus-que-parfait ; dans la prose littéraire, ce remplacement entraîne une perte de registre.
  • Le subjonctif imparfait se forme à partir du radical du passé simple + les terminaisons caractéristiques. À la 3e personne du singulier, la voyelle finale porte toujours un accent circonflexe (parlât, fût, eût, prît). Dans la concordance littéraire des temps, une proposition principale au passé entraîne le subjonctif imparfait dans la subordonnée.
  • Le français moderne remplace le subjonctif imparfait par le subjonctif présent sauf dans les registres écrits les plus soutenus. Il est essentiel de savoir le lire ; l’employer dans tout son paradigme reste facultatif au niveau C2 mais témoigne d’une véritable maîtrise stylistique.
  • Production active C2 du subjonctif imparfait : ne fût-ce que, fût-ce au prix de, si remarquable que fût, quelle que fûtporte toujours un accent circonflexe.
  • Le subjonctif plus-que-parfait (auxiliaire au subjonctif imparfait + participe passé : eût fini, fût parti) possède trois fonctions : (1) concordance des temps avec antériorité dans la prose littéraire ; (2) expression du regret ou d’un souhait passé non réalisé (plût au ciel qu'il eût agi) ; (3) remplacement littéraire du conditionnel passé dans la proposition principale.
  • Le subjonctif plus-que-parfait employé à la place du conditionnel passé constitue l’objectif de production active le plus important au niveau C2 : il eût voulu = il aurait voulu; elle eût réussi = elle aurait réussi. Le registre est soutenu ; le sens est identique à celui de la forme standard.
  • Le si proposition en si ne prend JAMAIS le subjonctif plus-que-parfait : elle conserve toujours le plus-que-parfait de l’indicatif : si elle avait su [plus-que-parfait de l’indicatif], elle eût agi [subjonctif plus-que-parfait] autrement.
  • L’accent circonflexe à la 3e personne du singulier du subjonctif imparfait (fût, eût, parlât) constitue le principal indice visuel permettant d’identifier ces formes à la lecture.

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