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La concordance des temps
Harmoniser les temps entre proposition principale et subordonnée.
1. Le principe fondamental
En français, le temps d’une proposition subordonnée ne se choisit pas indépendamment. Il dépend du temps de la proposition principale et de la relation temporelle entre les deux actions : l’action de la subordonnée se produit-elle avant, en même temps ou après celle du verbe principal ?
Ce système, appelé la concordance des temps, concerne principalement deux domaines :
- Le discours indirect : lorsqu’on rapporte ce qu’une personne a dit, pensé ou demandé.
- Les phrases complexes comportant des propositions subordonnées de temps, de condition et de conséquence.
La distinction essentielle oppose une proposition principale au présent ou au futur à une proposition principale au passé, car chacune entraîne des choix de temps différents dans la subordonnée.
2. Les deux systèmes : principale au présent/futur ou au passé
On peut considérer qu’il existe deux systèmes parallèles. La proposition subordonnée se situe dans l’une de trois relations temporelles par rapport au verbe principal : simultanéité, antériorité ou postériorité. Le temps employé dépend alors du temps de la proposition principale.
| Relation temporelle de la subordonnée | Principale : présent ou futur | Principale : passé |
|---|---|---|
| Simultanéité (les deux actions se produisent en même temps) | Présent de l’indicatif | Imparfait |
| Antériorité (l’action est accomplie avant celle du verbe principal) | Passé composé | Plus-que-parfait |
| Postériorité (l’action se produit après celle du verbe principal) | Futur / aller + infinitif | Conditionnel présent |
| Antériorité par rapport à un repère passé | - | Conditionnel passé |
3. Dans le discours indirect : le décalage des temps
Le discours indirect est l’une des applications les plus systématiques de la concordance des temps. Lorsque le verbe introducteur (dire, penser, savoir, croire, expliquer...) est au passé, les temps du discours d’origine se décalent vers le passé.
Du discours direct au discours indirect : les changements de temps
| Temps d’origine (discours direct) | Temps au discours indirect (verbe introducteur au passé) |
|---|---|
| Présent → « Je travaille. » | Imparfait → Il a dit qu’il travaillait. |
| Passé composé → « J’ai fini. » | Plus-que-parfait → Il a dit qu’il avait fini. |
| Futur → « Je viendrai. » | Conditionnel → Il a dit qu’il viendrait. |
| Futur antérieur → « J’aurai terminé. » | Conditionnel passé → Il a dit qu’il aurait terminé. |
| Imparfait → « Je travaillais. » | Imparfait (inchangé) → Il a dit qu’il travaillait. |
| Conditionnel → « Je viendrais. » | Conditionnel (inchangé) → Il a dit qu’il viendrait. |
| Impératif → « Viens ! » | Infinitif → Il m’a dit de venir. |
Exemple complet : observer tous les changements
« Je suis fatigué parce que j’ai beaucoup travaillé. Je partirai demain et j’aurai terminé avant la fin du mois. »
Discours indirect (verbe introducteur au passé) :
Il a expliqué qu’il était fatigué parce qu’il avait beaucoup travaillé. Il a ajouté qu’il partirait le lendemain et qu’il aurait terminé avant la fin du mois.
Lorsque le verbe introducteur est au présent ou au futur
Lorsque le verbe introducteur est au présent ou au futur, il n’y a pas de décalage des temps. Les temps du discours d’origine sont conservés.
Elle explique qu’elle a fini. (aucun changement)
Il dira qu’il partira demain. (aucun changement)
4. Les expressions temporelles qui changent au discours indirect
Lorsque le verbe principal est au passé, les expressions temporelles du discours d’origine doivent elles aussi être adaptées au nouveau repère temporel.
| Discours direct | Discours indirect (verbe principal au passé) |
|---|---|
| aujourd’hui | ce jour-là |
| hier | la veille |
| demain | le lendemain |
| maintenant | à ce moment-là |
| la semaine prochaine | la semaine suivante |
| la semaine dernière | la semaine précédente |
| il y a trois jours | trois jours avant / auparavant |
| dans deux jours | deux jours plus tard |
5. Les questions au discours indirect
Les questions au discours indirect suivent les mêmes changements de temps et utilisent des structures différentes selon le type de question. Il n’y a pas d’inversion au discours indirect.
Questions fermées : si
Discours indirect : Il m’a demandé si je venais.
Discours direct : « Est-ce que tu as fini ? »
Discours indirect : Elle a voulu savoir si j’avais fini.
Questions ouvertes : le mot interrogatif est conservé
Discours indirect : Il a demandé où j’allais.
Discours direct : « Pourquoi n’es-tu pas venu ? »
Discours indirect : Elle a voulu savoir pourquoi je n’étais pas venu.
Discours direct : « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Discours indirect : Il a demandé ce qui s’était passé.
« Que fais-tu ? » → Il a demandé ce que je faisais.
« Qu’est-ce que tu veux ? » → Il a demandé ce que je voulais.
Au discours indirect, les formes interrogatives que / qu’est-ce que deviennent toujours ce que.
6. Les propositions subordonnées de condition : les phrases avec si
Les phrases conditionnelles construites avec si obéissent à leur propre concordance des temps, indépendante du discours indirect. Le temps employé dans la proposition introduite par si détermine celui de la proposition principale.
| Type | Proposition avec si | Proposition principale | Exemple |
|---|---|---|---|
| Condition réalisable ou probable | Présent | Futur / impératif / présent | Si tu viens, je serai là. |
| Hypothèse peu probable | Imparfait | Conditionnel présent | Si tu venais, je serais là. |
| Hypothèse contraire à un fait passé | Plus-que-parfait | Conditionnel passé | Si tu étais venu, j’aurais été là. |
| Hypothèse mixte (condition passée, conséquence présente) | Plus-que-parfait | Conditionnel présent | Si tu étais venu hier, tu saurais. |
Incorrect : *Si tu viendras... / *Si tu viendrais...
Correct : Si tu viens... / Si tu venais... / Si tu étais venu...
7. Les propositions subordonnées de temps
Les conjonctions temporelles comme quand, lorsque, dès que, aussitôt que, après que imposent elles aussi certaines relations entre les temps. Un point important concerne notamment l’emploi du futur dans la subordonnée lorsqu’elle renvoie à un événement futur.
| Proposition principale | Subordonnée de temps | Exemple |
|---|---|---|
| Futur | Futur (et non présent) | Je t’appellerai quand je serai prêt. |
| Futur | Futur antérieur (action antérieure) | Je partirai dès que tu auras fini. |
| Passé | Imparfait (simultanéité) | Il lisait quand je suis entré. |
| Passé | Plus-que-parfait (antériorité) | Il est parti dès qu’il avait fini. |
8. Registre : concordance stricte ou assouplie
Dans le français courant, notamment à l’oral, les règles strictes de concordance sont parfois assouplies, en particulier au discours indirect. Le présent peut être conservé après un verbe introducteur au passé si le fait rapporté est toujours considéré comme vrai au moment où l’on parle.
Il m’a dit qu’il était malade.
Concordance assouplie (oral, si le fait est toujours vrai) :
Il m’a dit qu’il est malade.
Les deux formes sont employées ; la forme assouplie indique que l’état est encore actuel. Dans les productions écrites du DELF B2, on attend généralement l’application de la concordance stricte.
Résumé du cours
- La concordance des temps détermine le temps de la proposition subordonnée en fonction du temps de la principale et de la relation temporelle entre les deux actions : simultanéité, antériorité ou postériorité.
- Principale au présent ou au futur : la subordonnée emploie le présent, le passé composé ou le futur ; il n’y a pas de décalage.
- Principale au passé : les temps se décalent : présent → imparfait, passé composé → plus-que-parfait, futur → conditionnel présent, futur antérieur → conditionnel passé.
- L’imparfait et le conditionnel ne changent pas davantage lorsque le verbe principal est au passé.
- Les expressions temporelles s’adaptent également : aujourd’hui → ce jour-là, demain → le lendemain, hier → la veille, etc.
- Les questions fermées au discours indirect utilisent si ; les questions ouvertes conservent le mot interrogatif sans inversion ; que / qu’est-ce que → ce que.
- Les phrases avec si suivent des associations fixes : présent + futur ; imparfait + conditionnel présent ; plus-que-parfait + conditionnel passé. Le futur et le conditionnel ne s’emploient jamais dans la proposition introduite par si.
- Dans une subordonnée temporelle renvoyant à l’avenir (quand, dès que, aussitôt que), le français emploie le futur.
- À l’oral, la concordance peut être assouplie si le fait rapporté est toujours vrai ; à l’écrit formel, on applique généralement la concordance stricte.