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Plus de décès que de naissances : la France face à la baisse historique de sa natalité

En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a compté plus de décès que de naissances. Causes incertaines, conséquences lourdes, réponses discutées : retour sur un débat qui s'installe durablement.

Publié le 8 octobre 2026

Celeda, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

En 2025, la France a franchi un seuil inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : elle a enregistré plus de décès que de naissances. Selon le bilan démographique publié en janvier 2026 par l'Insee, l'institut public chargé des statistiques, 645 000 bébés sont nés dans le pays, contre 651 000 décès. Le solde naturel, c'est-à-dire la différence entre les naissances et les décès, s'est ainsi établi à moins 6 000 personnes. La population a néanmoins continué de croître légèrement, mais uniquement grâce au solde migratoire, soit l'écart entre les arrivées et les départs, estimé à 176 000 personnes.

Le bilan démographique de la France en 2025
Indicateur2025
Naissances645 000
Décès651 000
Solde naturel- 6 000
Solde migratoire+ 176 000

Source : Insee, bilan démographique 2025, 2026-01-13

Ce basculement n'a rien d'un accident isolé, puisqu'il prolonge une baisse entamée il y a une quinzaine d'années et qui ne semble pas s'interrompre. L'indicateur conjoncturel de fécondité, qui mesure le nombre moyen d'enfants par femme, est tombé à 1,56 en 2025, contre 2,02 en 2010. Il faut remonter à la fin de la Première Guerre mondiale pour retrouver un niveau aussi bas, ce qui donne la mesure du phénomène. Les premières données de 2026 confirment cette tendance, même si le recul semble désormais moins rapide qu'au cours des années précédentes. Au premier semestre, un peu moins de 314 000 bébés sont nés, contre plus de 317 000 un an auparavant, selon l'Insee.

Indicateur conjoncturel de fécondité en France (enfants par femme)

enfants par femme

01232,0220102010 : 2,02 enfants par femme1,6120242024 : 1,61 enfants par femme1,5620252025 : 1,56 enfants par femme
Les données du graphique
20102,02 enfants par femme
20241,61 enfants par femme
20251,56 enfants par femme

Source : Insee, bilan démographique 2025, 2026-01-13

Les causes de ce recul restent difficiles à démêler, et les spécialistes se gardent bien d'en désigner une seule. Le Haut-commissariat à la stratégie et au plan, un organisme public qui conseille le gouvernement, estime ainsi que les raisons de cette baisse durable demeurent incertaines. Des associations familiales mettent pour leur part en avant le coût de la garde des enfants et la difficulté à trouver un logement adapté aux familles. L'économiste Maxime Sbaihi prévient d'ailleurs que « plus la natalité baisse, plus il devient difficile et long pour la voir rebondir ».

Les conséquences de cette évolution dépassent largement la sphère privée, car elles touchent l'ensemble des politiques publiques. Dès lors que moins d'enfants naissent, les écoles accueillent moins d'élèves, puis, quelques années plus tard, le marché du travail compte moins de jeunes actifs. Dans une note publiée en septembre 2025, le Haut-commissariat prévoyait une forte diminution de la population active, sous l'effet de la dénatalité et des départs à la retraite des baby-boomers. Le financement de la protection sociale, en particulier des retraites, dépend en effet du nombre de personnes qui travaillent et qui cotisent. La Cour des comptes, chargée de contrôler l'usage de l'argent public, s'est d'ailleurs inquiétée en décembre 2025 des effets de cette évolution sur les finances publiques.

Face à ce constat, les réponses envisagées divergent sensiblement, et chacune repose sur une lecture différente du problème. Le président Emmanuel Macron avait appelé à un « réarmement démographique », une formule qui traduit la volonté de relancer les naissances. Depuis le 1er juillet 2026, un nouveau congé supplémentaire de naissance permet à chaque parent de s'arrêter jusqu'à deux mois de plus, avec une indemnisation qui diminue le second mois. Dans une note de mai 2026, le Haut-commissariat propose d'accorder un troisième mois au couple, à condition que le père prenne lui-même au moins un mois. Il recommande également de garantir progressivement à chaque enfant une place dans un mode de garde dès l'âge d'un an. Certaines associations familiales saluent ces pistes, tout en jugeant qu'elles ne suffiront pas sans un effort plus important sur le logement et le financement de la garde.

Le Haut-commissariat invite en outre à s'adapter à une population active moins nombreuse : travailler plus longtemps, automatiser certaines tâches ou recourir davantage à l'immigration de travail. Pour cette dernière piste, l'organisme cite en exemple l'Allemagne, qui fait déjà appel à des travailleurs étrangers depuis de nombreuses années. Il n'en demeure pas moins que, pour les pouvoirs publics, la natalité est devenue un enjeu central, dont dépend la capacité du pays à faire face au vieillissement.

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